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Interview de Bruno Mettling, Président d'Orange Middle East & Africa et Président de Sofrecom

Interview de Bruno Mettling, Président d'Orange Middle East & Africa et Président de Sofrecom

Gouvernements

Bruno Mettling

La révolution numérique représente une opportunité formidable pour le développement économique et social du continent africain. Elle permet des avancées plus rapides en termes de progrès social et de services rendus aux citoyens et aux entreprises africaines. Pour que l’impact de cette transformation profite pleinement aux pays africains, ces derniers doivent anticiper les besoins en formation et la préparation aux métiers de demain. Orange est pleinement engagée dans cette transformation au travers sa stratégie de développement de services, ses multiples initiatives en faveur de la formation au numérique et sa politique d’accompagnement des startups africaines, Elle peut également compter sur sa filiale Sofrecom pour accompagner gouvernements et opérateurs privés dans leurs projets.

Le dynamisme constaté  autour de  numérique, a-t-il dépassé le stade expérimental ?  Comment la transformation numérique contribue-t-elle au développement de l’Afrique ?

La révolution numérique touche le monde entier et en particulier l’Afrique. Le numérique constitue une opportunité sans équivalent pour le continent africain par rapport au monde entier. Nous sommes en train de réaliser comment le numérique permet de rattraper les retards passés  et de se doter des meilleures technologies de pointe.

Laissez-moi vous donner un premier exemple, celui du mobile qui a permis  de passer directement de la 2G à la 4G sans passer par l’étape du réseau fixe de cuivre, et de donner accès rapidement à la population à l’internet.  

Le 2ème exemple que j’aimerais également donner, est celui du secteur bancaire. La population africaine n’était pas bancarisée et l’on voit  que le paiement mobile,  permet l’inclusion économique d’une grande majorité d’habitants africains qui  en était exclus. Et aujourd’hui, l’Afrique a le plus fort taux de paiement mobile.

Ces deux exemples que j’ai tenus à partager montrent bien que l’Afrique peut grâce au mobile et au numérique rentrer pleinement dans le 21 siècle.

Quels sont les défis, les challenges qui restent à relever par les gouvernements africains et les opérateurs pour réussir leurs transformations numériques ?

Il y a beaucoup de challenges, le 1er d’entre eux qui est au cœur du métier d’Orange et des opérateurs, c’est d’avoir des réseaux de qualité. Car sans réseau, pas de communication entre personnes, pas d’échanges de données, pas d’accès à l’internet.  Ainsi, le pays qui n’a pas un réseau de qualité est tout de suite disqualifier par rapport aux autres pays africains qui en disposent.

Le 2ème défi concerne les opérateurs, et il s’agit de passer d’une culture d’opérateur de réseau à une culture d’opérateur de services, car nous devons offrir non seulement l’accès aux réseaux mais également les services qui vont avec. Orange a réussi ce challenge pour les services mobile mais demain, il s’agit de le faire pour les services concernant l’énergie,  l’agriculture, la santé et l’éducation qui vont profondément se transformer grâce au numérique

Sofrecom peut être le fer de lance d’Orange sur ces enjeux

De par son histoire, Sofrecom a accompagné le déploiement des réseaux et des services notamment en Afrique. Cette expérience lui permet d’accompagner Orange dans cette transformation vers les services, au travers des partenariats  identifiés dans les secteurs de la banque, de l’énergie, de l’éducation, de la santé et de l’agriculture. Cela passe également par le développement des plateformes de services, par l’accompagnement des opérateurs en Afrique vers ces nouveaux métiers mais aussi par l’accompagnement des gouvernements et des institutions qui doivent faire leur transformation numérique. Ainsi dans le domaine de l’éducation, il ne s’agit pas seulement d’ouvrir de nouvelles classes, mais d’utiliser tous les outils et contenus numériques pour développer les savoirs.

Ce dont l’Afrique a besoin, ce n’est pas d’introduire le numérique à la marge des politiques de développement mais de repenser ces politiques à partir de la dimension numérique. De repenser par exemple la politique de santé à partir du potentiel extraordinaire que permet le mobile en termes de prévention, de détection, des maladies, ….

Sofrecom a un rôle à jouer auprès des autorités pour les aider à réussir ces transformations.

On voit émerger des initiatives locales d’innovation, de développement qui viennent du secteur privé et des jeunes, et bon nombre de startups africaines proposent de nombreuses innovations dans les domaines que vous citez. Comment Orange accompagne et capitalise sur ces initiatives ?

C’est un point très important. De par ses multiples initiatives (fablab, incubateurs et accélérateurs, …)  autour des innovations,  Orange est très attentif dans les pays où elle est présente, à contribuer à créer un écosystème favorable au  développement des startups.

Aider les startups à émerger est bien mais il faut aller plus loin.. L’enjeu est de former l’Afrique au numérique pour lui permettre de fabriquer massivement les innovations nécessaires à son développement.  Pour que l’Afrique bénéficie pleinement de la révolution numérique, pour qu’elle bénéficie des opportunités d’emplois que génère le numérique, il faut qu’elle dispose des compétences numériques nécessaires et que la formation soit organisée localement. Les structures de formation existent désormais en Afrique du Nord (Maroc, Tunisie) et au Moyen Orient mais elles restent encore insuffisantes en Afrique Subsaharienne. Le risque existe comme pour les précédentes révolutions industrielles, que les applications nécessaires pour l’Afrique soient fournies clés en main par  l’Europe, l’Asie ou l’Amérique. Ça serait dommage car l’Afrique a besoin de fabriquer ses propres applications pour apporter la valeur ajoutée attendue.

Orange prend  part à cet enjeu pour former au numérique, au travers ses différentes actions et engagements. Les exemples d’initiatives locales sont nombreux : On peut citer l’école des codes lancée par la Sonatel Academy,  la formation de Datascientist à Abidjan en partenariat avec l’Ecole Polytechnique en France, et l’Institut National Polytechnique Félix Houphouët-Boigny (en Côte d’Ivoire),

Enfin, il faut aider les startups une fois qu’elles sont lancées à avoir des fonds propres pour assurer leur développement. C’est l’enjeu d’Orange Venture Africa.

Pour résumer, Orange contribue activement à l’émergence d’un écosystème local du numérique. Notre enjeu n’est pas de tout faire mais de s’appuyer sur la dynamique et les talents locaux présents dans les pays pour développer ces plateformes de services, tout en mettant à leur disposition différents moyens.

Vous êtes président de Sofrecom depuis  le 1er Juillet 2018 et président d’Orange MEA. Sofrecom Qu’est-ce qui différencie Sofrecom des autres acteurs du secteur de conseil et d’ingénierie ? et quelles sont de votre point de vue, les challenges à relever par Sofrecom pour être un acteur de référence pour accompagner la transformation numérique en Afrique ?

J’ai été très fier d’être nommé président de Sofrecom. J’ai toujours considéré que d‘avoir dans le groupe, un autre modèle que celui d’un opérateur pour accompagner l’Afrique mais également les autres continents, dans les différentes évolutions et transformations du secteur télécommunications, est un formidable atout pour Orange. Sofrecom est le cheval léger du groupe Orange pour apporter conseil et assistance  aux opérateurs du monde entier notamment dans les pays où Orange n’est pas présente.

J’attends donc de Sofrecom qu’elle conserve sa particularité au sein de groupe, qu’elle renforce  son agilité et qu’elle continue à développer ses savoir-faire de Conseil et d’Ingénierie notamment dans les nouveaux Services. Je souhaite que les équipes Sofrecom emmenées par leur Directeur Général, Guillaume Boudin, restent à l’avant-garde et accompagnent les évolutions de leur marché et de leurs clients.