Analyse marché

Interopérabilité des services de mobile money : l’inévitable évolution vers le modèle hub

mar. 16 mars 2021

Au début des années 2010, les lancements de services de mobile money se multiplient, portés par le succès de M-Pesa au Kenya. Le Mobile Money gagne ainsi du terrain en Afrique et devient le principal vecteur d’inclusion financière.

Au début des années 2010, les lancements de services de mobile money se multiplient, portés par le succès de M-Pesa au Kenya. Le Mobile Money gagne ainsi du terrain en Afrique et devient le principal vecteur d’inclusion financière.

Les premiers services de mobile money sont des systèmes fermés (« closed loop ») qui ne permettent pas à l’utilisateur de faire circuler ses fonds hors du système de l’opérateur qu’il a choisi. Mais au fur et à mesure que les populations se tournent vers ces solutions, la question de l’interopérabilité se pose. L’interopérabilité du mobile money et plus globalement des services financiers digitaux n’est donc pas un sujet récent

Premières initiatives drivées par le mobile money et limitées à une poignée d’acteurs

Les premiers projets d’interopérabilité sont le fruit d’initiatives provenant des fournisseurs de solutions de Mobile Money qui « drivent » le marché. Les gouvernements ne participent pas directement à ces initiatives, ils adoptent au mieux une posture d’observateurs.

Il existe deux grands modèles :

  • Le modèle d’interopérabilité wallet-to-wallet : il s’agit de l’interconnexion entre 2 acteurs MMP (Mobile Money Provider). Selon notre étude[1], en 2020 environ 14% des pays de la zone d’Afrique subsaharienne, incluant la Mauritanie et l’Afrique du Sud, ont au moins un projet de ce type, comme par exemple en Tanzanie, avec en 2014, une initiative qui regroupe Airtel, Tigo et Zantel ou encore à Madagascar, en 2016, avec Airtel, Orange et Telma.
  • Le modèle d’interopérabilité bank-to-wallet : il s’agit de l’interconnexion entre un acteur bancaire et un MMP.  Toujours selon notre enquête, environ 86% des pays de la zone d’Afrique subsaharienne ont au moins une initiative de ce type, comme au Kenya, avec en 2010 une interconnexion entre M-Pesa et Equity Bank, ou encore au Mali en 2015 avec Orange et Ecobank.

Dans le modèle wallet-to-wallet, les participants sont connectés bilatéralement. Chaque participant intègre sa solution de mobile money avec les autres participants, autrement dit, chaque participant accueille sur sa propre plateforme de mobile money les composantes d’interopérabilité.

Ce modèle présente plusieurs avantages:

  • Les MMPs ont un contrôle accru sur le dispositif d’interopérabilité,
  • L’investissement en CAPEX est réduit,
  • La mise sur le marché est relativement rapide.

En revanche les efforts d’intégration sont multipliés puisqu’à l’arrivée d’un nouvel entrant, chaque participant doit individuellement s’interconnecter avec le nouvel acteur. Par ailleurs, le modèle bilatéral suppose que chaque participant surveille, opère, gère la sécurité et assure la maintenance des composantes d’interopérabilité qu’il accueille sur sa plateforme, entrainant ainsi une démultiplication des coûts qui y sont liés.

Elargissement de l’écosystème d’acteurs interopérables aux acteurs bancaires sous l’impulsion des régulateurs

On observe récemment, une implication de plus en plus forte des régulateurs sur les sujets d’interopérabilité. Ils jouent à la fois le rôle de législateur mais aussi de chef d’orchestre. Ceci donne aux modèles proposés une visée plus globale. L’objectif est d’associer l’ensemble des acteurs des services financiers et des services financiers digitaux (SFD).

Dans cette optique, le modèle de hub répond le mieux à ces attentes :

Dans ce modèle hub,  les participants sont tous connectés à une plateforme centrale. Une seule connexion est nécessaire pour faire partie du système d’interopérabilité.  La plateforme centrale accueille les composantes du système d’interopérabilité.

On peut citer plusieurs exemples construits avec ce modèle :

  • Le modèle JoMoPay en Jordanie en 2016 : banques, MMPs, fintech, PSPs
  • Le modèle GH-Link au Ghana en 2018 : banques et MMPs
  • Le modèle R-Switch au Rwanda en 2019 : banques et MMPs
  • Le modèle M-wallet au Maroc en 2020 : banques, MMPS, PSP

Plusieurs avantages se dégagent de ce modèle :

  • Une seule connexion est requise,
  • Les coûts de maintenance, monitoring  sont partagés entre les acteurs.
  • Chaque acteur ne s’intègre qu’une seule fois avec le hub central. L’entrée d’un nouveau participant n’engage pas d’efforts d’intégration supplémentaires pour les acteurs déjà en place.

Les inconvénients sont en miroir les avantages du modèle bilatéral :

  • L’investissement en CAPEX est important.
  • La mise sur le marché est plus longue.
  • Les MMPs ont moins de poids et donc de contrôle sur le dispositif d’interopérabilité.

L’inévitable évolution vers le modèle hub ?

Les hubs d’interopérabilité sont amenés à jouer un rôle de plus en plus important dans les systèmes financiers des pays où ils sont mis en place. A mesure que les hubs gagnent de l’importance, les régulateurs alignent les principes de conformité à ceux des standards bancaires. Les MMPs doivent donc se préparer à ces nouvelles exigences.

Pour en savoir plus sur les problématiques de gouvernance, vous pouvez lire notre article : lien vers article gouvernance


[1] Analyse GSMA-Sofrecom : https://www.gsma.com/mobilefordevelopment/resources/tracking-the-journey-towards-mobile-money-interoperability-emerging-evidence-from-six-markets-tanzania-pakistan-madagascar-ghana-jordan-and-uganda/

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Ronan Paillon

Consultant Services Financiers Mobile