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Le refarming des fréquences: "Quand le faire?"

Le refarming des fréquences: "Quand le faire?"

Par Rémy sfez, business manager network - le 21 février 2018

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Depuis 15 ans, l’explosion du trafic data s’est régulièrement traduit par des saturations de fréquences dans les sites urbains denses. Cela conduit à de la congestion de trafic et une qualité de service dégradée, 2 effets qui impactent fortement les revenus et l’image d’opérateurs mobiles tentant de se différencier sur le débit et la qualité de service.

Le refarming des fréquences: une solution parmi plusieurs, chacune avec ses avantages et inconvénients

On considère généralement 2 façons pour un opérateur mobile de résoudre ce problème de saturation :

1.En densifiant son réseau : ceci consiste à déployer de nouveaux sites dans la zone saturée, ce qui demande des CapEx puis des OpEx pour chaque site supplémentaire

2.En améliorant l’efficacité spectrale*, de différentes manières, par exemple :

- par l’optimisation: plusieurs façons d’optimiser sont envisageables, par exemple en repensant la stratégie de gestion du trafic, ou en limitant à la moitié le débit des codeurs de parole pendant les heures de pointe. En général, ces optimisations sont relativement faciles (par rapport à une transformation plus profonde du réseau) mais peuvent se révéler insuffisantes à long-terme ;

- en sur-sectorisant : un opérateur mobile peut sur-sectoriser les sites saturés (par exemple en augmentant le nombre de secteurs de 3 à 4) : ceci étant plus complexe et coûteux à mettre en œuvre, le déploiement d’un nouveau site est généralement préféré à cette solution.

 

- en procédant à un refarming des fréquences : ceci consiste à revisiter l’allocation des fréquences selon les Technologies d’Accès Radio (RAT : 2G, 3G, 4G) ; les fréquences précédemment allouées aux anciennes RAT sont réallouées aux nouvelles RAT.

 

Quels sont les principes du refarming des fréquences ?

 Le refarming des fréquences permet de

 - Libérer une bande de fréquences allouées à une RAT en voie d’obsolescence pour la réallouer à une nouvelle RAT. Ce qui est préparé pour le plan des fréquences européen en est un bon exemple : la bande des 1800 MHz (respectivement 2100 MHz), historiquement allouée à la 2G (resp. 3G) pourrait être progressivement réallouée à la 4G.

 - Confiner cette RAT obsolescente à une seule bande de fréquences suffisante pour garantir la couverture de cette RAT. A nouveau, dans le plan des fréquences européen, la 2G (resp. 3G) pourrait être confinée à la bande des 900 MHz. Ainsi tout client utilisant uniquement la 2G (resp. 3G) pourra encore accéder à son service.

 -  donc de résoudre les problèmes de qualité de service sur les sites sujets à (ou proches de) la saturation.

A terme, le refarming de fréquences conduit à la fermeture totale du service commercial en 2G ou 3G : à Taiwan, après avoir fermé le service 2G en 2017, le Régulateur a imposé que le service 3G soit également fermé fin 2018, ce qui implique que les services fonctionneront uniquement en 4G. De manière similaire AT&T Wireless a fermé son service 2G fin 2016.

Toute opportunité de refarming des fréquences doit être étudiée attentivement

La faisabilité d’un projet dépend de :

La base client (en termes de répartition par RAT : uniquement 2G, 3G, 4G – pour les abonnements et les capacités des terminaux) et son évolution attendue
Le trafic par RAT (2G, 3G, 4G) et son évolution attendue
La capacité installée par RAT
La stratégie de gestion du trafic entre les RAT
Les objectifs de qualité de service.

Si la faisabilité est confirmée, la quantité de spectre à réserver pour les anciennes RAT sera aussi à évaluer selon les paramètres ci-dessus.

Tout projet de refarming des fréquences aura des implications financières pour l’opérateur mobile :

  • Des dépenses en CapEx pour remplacer le RAN par une BTS multi-mode 2G/3G/4G single-RAN
  • Des dépenses en CapEx pour inciter au remplacement des terminaux : cette somme dépend du nombre résiduel d’abonnés de cette RAT
  • L’accélération de certaines dépenses en CapEx pour fournir le nouveau service de bout-en-bout sur les sites saturés : par exemple des radios 4G dans la bande de fréquence réallouée, possiblement « fiber-to-the-cell » si cette solution de backhaul n’est pas déjà disponible sur site.

Le refarming des fréquences est inéluctable. La question qui doit se poser est « quel est le meilleur moment pour le faire ? »

Le sujet n’est pas de savoir s’il faut ou non procéder au refarming des fréquences – les RAT n’étant pas éternelles, les fréquences seront de toutes façons réallouées dans le futur – mais « quand devrais-je le faire ? ».

Quand une RAT est en déclin (du point de vue du trafic), la question doit être posée régulièrement, au moins une fois par an, jusqu’à ce que le « Go » soit décidé :

- La réponse reposera sur une analyse du ratio bénéfices/coûts entre au moins 2 scénarios (Go vs No Go)
- La décision de « Go » doit être basée sur une analyse complète, à la fois stratégique, technique, et financière : les décisions techniques devront faire partie du schéma directeur du réseau pour les années suivantes.

Enfin, comme dans tout cycle de vie du réseau, le refarming des fréquences représente une transformation du réseau (et non une « simple » opération incrémentale) : à ce titre, la qualité de service doit être mesurée après le refarming pour vérifier la bonne atteinte des objectifs.

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