Point de vue

Quelle place des opérateurs télécom dans le puzzle du Metaverse ?

Pour les opérateurs de télécommunication, le métaverse offre des opportunités sur le divertissement. En devenant partenaires des acteurs de ce secteur, ils pourraient ainsi offrir des expériences de qualité grâce à une connectivité haut débit irréprochable.

Le stand du nouvellement baptisé « Meta » a suscité beaucoup d’intérêts lors du MWC 2022, Les opérateurs télécoms trouvent dans cette technologie, des opportunités commerciales inédites mais s’interrogent également sur les risques que comprend ce nouvel internet 3D. Avec une prévision de taille de marché avoisinant le Billion1 de dollars d’ici 2024 selon une étude réalisée par BCG2, quel(s) rôle (s) les opérateurs télécoms peuvent-ils espérer jouer à court et moyen-long termes dans cet univers émergent ?

Quelles opportunités pour le secteurs des Telecos ?

Fournisseurs d’infrastructure à court terme

Le metaverse en étant à ses débuts, représente de nombreux enjeux auxquels les opérateurs télécoms devront répondre dans les prochaines années. Ces derniers sont naturellement attendus sur la couche primaire de la chaine de valeur : L’infrastructure. L’informatique de périphérie, par exemple, incluant 5G/Edge, fibre et Wifi, va permettre de relever les défis de la très faible latence, d’un débit élevé et d’une grande puissance de calculs nécessaires à l’interaction avec les environnements virtuels. Mieux, face aux coûts et aux poids considérables des devices nécessaires à son accès, des lunettes AR ou casques VR ergonomiques et subventionnés pourraient être proposés aux utilisateurs pour faciliter l’entrée dans ces univers.

De plus, les opérateurs pourraient se positionner sur le second segment du marché du metaverse qui connaîtrait la croissance la plus rapide à l’horizon 2024 selon Statista3 : Le divertissement en direct. Il s’agit d’expériences immersives lors de concerts ou d’évènements sportifs suivis en live, davantage promus à mesure que les fabricants de jeux vidéo offrent une dimension 3D de leurs titres et intégrant des communautés similaires à celles retrouvées sur les réseaux sociaux. Les opérateurs pourraient ainsi offrir des expériences de qualité grâce à une connectivité haut débit irréprochable.

Afin de monétiser rapidement le metaverse, les opérateurs pourraient également se positionner dans une logique de partenariat avec les entreprises technologiques fournissant des logiciels telle que Microsoft, complétant ainsi leurs solutions de connectivité.

Des garants de la sécurité et d’interopérabilité des multivers à moyen-long termes

Le metaverse est composé d’une multitude de multivers, gérés indépendamment les uns des autres par des entreprises autonomes ayant une organisation qui leur est propre. Or, pour arriver à construire une passerelle entre ces différents espaces, leurs utilisateurs et leurs contenus (photos, idées par exemple), les opérateurs télécoms pourraient collaborer entre eux, et aussi avec les entreprises maîtrisant ces technologies, afin de développer des métadonnées, des protocoles et des registres normalisés pour les biens numériques et les avatars. Cette démarche est d’ailleurs similaire au partage actuel des couvertures réseaux pour permettre le bon fonctionnement des appels, de l’itinérance et de la messagerie. Les telcos pourraient même se positionner en tant que consultants par rapport à ces gestionnaires de multivers, tout en leur fournissant des recommandations comme des règles communes régissant ces espaces, ce qui permettra de fluidifier le transfert de contenus d’un univers à l’autre.

Toujours dans un rôle de facilitateur, les opérateurs pourraient adapter leurs systèmes de facturation actuels pour convertir la valeur de la monnaie physique en monnaie virtuelle utile au paiement dans le metaverse (comme la vente des temps d’antenne autrefois par exemple).

Garants de la sécurité, ils pourraient également répondre aux défis de la vulnérabilité des propriétés numériques face à la fraude, notamment en s’appuyant sur la génération de certificats d’authenticité. Téléfonica est un précurseur en la matière, l’opérateur espagnol ayant permis de créer une collection de NFTs4  depuis une série de dessins réalisés par l’artiste  Ferran Adria grâce à la solution TrustOS. Dans la même logique, les opérateurs pourraient continuer de lutter contre les fausses déclarations, en fournissant un système d’authentification via un canal sécurisé tel que le propose la messagerie aujourd’hui.

Enfin, le metaverse pose la question de l’isolement du monde réel, représentant un danger pour tous les utilisateurs. En ce sens, les opérateurs pourraient commercialiser du matériel additionnel tel que des capteurs IoT ou caméras intégrés aux casques RV (réalité virtuelle), qui détecteraient des stimuli du monde extérieur pour les envoyer aux utilisateurs sous forme de notifications voire d’alertes. Ainsi, pour garantir la sécurité de leur intégrité physique et celle de leurs proches, les utilisateurs seraient avertis des pleurs d’un enfant ou de la présence de fumée aux alentours par exemple. Ces capteurs intelligents devraient être connectés et gérés par des plateformes dédiées fournies par les opérateurs eux-mêmes.

Bien que toutes ces opportunités de marché puissent être saisies par ces derniers, l’enjeu est  de définir rapidement et précisément une ou des stratégie(s) afin de se prémunir des risques liés au metaverse.

Quelles stratégies, quelles collaborations entre acteurs ?

La décentralisation du metaverse et sa nécessité de régulation

Le développement du metaverse pose aussi d’importantes questions de gouvernance. En effet, la dominance de cet univers par un acteur principal comprendrait des risques, notamment dans le recueil et la gestion des données personnelles des utilisateurs dans le cadre de campagnes marketing. Pour éviter un tel scénario « catastrophique » selon les termes d’Herman Narula, président actuel d’Improbable Worlds Limited, l’écosystème du metaverse devrait être étayé par des mécanismes de décentralisation fournis par les opérateurs eux-mêmes. Ainsi, le positionnement de régulateurs sur cet espace ouvert sera nécessaire afin de sécuriser à la fois les entreprises et les particuliers, notamment sur le terrain de la fraude. Cela permettrait alors aux utilisateurs de se sentir rassurés.

Pour y arriver, la coordination des opérateurs avec les entreprises technologiques pourrait constituer une piste intéressante, sans toutefois empêcher une concurrence saine qui devra être instaurée entre les acteurs pour permettre aux opérateurs de tirer une plus grande valeur du metaverse.

Vers des opérateurs indépendants

Certains opérateurs s’arment déjà en créant leurs propres plateformes de sociabilisation, de formation voire de divertissement sur le metaverse tel que l’opérateur coréen SKT avec Ifland. D’ailleurs, pour donner plus de poids à ce projet et augmenter le nombre d’utilisateurs sur leurs plateformes afin de concurrencer celles des entreprises technologiques, une association d’opérateurs n’est pas à exclure, comme c’est le cas de SKT avec Deutsche Telecom. Comme quoi, le Metaverse, pour les opérateurs, n’en est qu’à ses balbutiements, mais prometteur.

 

[1] 10^12 dollars

[2] Source : GlobalXETFs,AppAnnie,Zenith,GrandViewResearch,BCG

[3] Source : Bloomberg,Newzoo,IDC,TwoCircles,Statista

[4] NFTs : non-fungible token, ou jeton non fongible, unique, non interchangeable.

/media/images/contacts/bloggeurs/hadjadj-aoul-ryme-rond2.png

Ryme Hadjadj Aoul

Consultante wholesale