Point de vue

La cloudification du système de support opérationnel du réseau

lun. 06 mai 2024

La virtualisation des serveurs d’exploitation et de supervision des équipements radio constituera la première étape du mouvement de cloudification des architectures du RAN. Au-delà des bénéfices qu’elle offrira aux opérateurs, elle les conduit à anticiper un changement de modèle.

Les fonctions OSS (Operating Support System) constituent la colonne vertébrale des activités opérationnelles des réseaux radio des opérateurs. Elles permettent de gérer à distance l’ensemble des opérations d’exploitation et de supervision des réseaux : les paramétrages, les configurations, les compteurs de performance, les pannes et la sécurité avec les envois d’alarmes vers les centres de supervision.


Les fonctions OSS sont des applications logicielles développées par les grands équipementiers du RAN : Ericsson, Nokia, Huawei, ZTE et Samsung. Ces applications fonctionnent sur des serveurs physiques dédiés auxquels elles sont couplées. Un data center héberge généralement plusieurs de ces serveurs

- telles les suites de serveurs MantaRay NM/NetAct chez Nokia ou encore ENM chez Ericsson - qui ont une grosse capacité de calcul et de stockage. En effet, les OSS répartis sur l’ensemble d’un territoire national, gèrent chacun plusieurs milliers de sites radio et donc un important volume de bases de données.

Des bénéfices attendus pour les opérateurs

Le passage de la solution actuelle (dénommée bare metal) avec des serveurs physiques dédiés, vers un mode cloud avec des serveurs standards mutualisés, est riche de promesses pour les opérateurs :
• La solution cloud les affranchira de la roadmap hardware imposée par les équipementiers. En effet, les mises à jour de software proposées à échéance régulière par les fournisseurs obligent fréquemment à upgrader le hardware auquel il est couplé, ce qui représente une lourdeur.
• Un seul serveur pourra être utilisé à la fois pour les OSS et pour d’autres applications. Cette optimisation de l’utilisation des serveurs optimisera aussi les CAPEX consentis.
• La possibilité de développer en continu, de façon fluide, de nombreuses fonctionnalités nouvelles à proposer aux clients renforcera l’agilité et surtout la rapidité du time to market.
Mais de nombreuses étapes restent à franchir avant de tirer tous les bénéfices du cloud.

Un défi d’investissement financier

Le passage au cloud représente un vrai défi en termes de dimensionnement des capacités de calcul et de stockage. Les briques logicielles des OSS, déjà très nombreuses, seront complétées par les couches de virtualisation nécessaires au cloud. Ces couches nécessitent des capacités de calcul supplémentaires, donc des serveurs additionnels ce qui représente un surcoût significatif par rapport aux solutions bare metal. Réduire ce surcoût constitue un véritable défi dans la prise de décisions d’investissement vers le cloud. Il faudra que les offres d’infrastructures d’hébergement cloud construites par les opérateurs s’adaptent à ces contraintes et convergent avec les propositions des équipementiers et des fournisseurs de logiciels d’infrastructures virtualisées. Opérateurs et fournisseurs de softwares OSS Cloud « As a service » ne peuvent pas s’affranchird’une réflexion sur le coût global intégrant l’infrastructure virtualisée. 

Un défi organisationnel

Avant de franchir l’étape de l’investissement, l’opérateur devra appréhender dans leur ensemble les défis organisationnels liées au passage au cloud. Il faudra, en effet, que son organisation intègre les métiers et forme les compétences nécessaires à la gestion des activités que l’équipementier prenait en charge auparavant : la gestion des systèmes, les mises à jour software, l’expertise infra cloud et l’expertise sécurité cloud.
Pour chacune de ces activités nouvelles, l’opérateur devra évaluer les options d’intégration possibles et les enjeux financiers associés. Un exemple concernant l’activité de mise à jour software qui va croître du fait de la multiplication des serveurs : aura-t-il besoin d’une équipe de validation sur un projet d’upgrade une fois par an sur plusieurs semaines, comme auparavant, ou bien d’une équipe dédiée en continu aux développements/validations, tout au long de l’année ?

Un business modèle à construire

En outre, l’équation financière semble compliquée à résoudre si l’on n’introduit pas une certaine de dose d’automatisation dans les process. Il faudra construire cette automatisation parallèlement au projet Cloud, ce qui représente une gageure supplémentaire et un beau défi d’optimisation. La solution passera probablement par le renforcement de la gestion en mode agile qui permettra d’intégrer la multitude des roadmaps.

Aussi, les offres d’hébergement cloud devront-elles être souples et adaptées à ce développement continu. Les activités de validation software n’aboutiront pas forcément à un jalon « Go for rollout », mais plutôt à la mise en place de correctifs au fil de l’eau. Cela nécessite l’amélioration des fonctions d’interface/APIs permettant l’automatisation des tests. Les équipementiers devront proposer des logiciels OSS répondant à ces besoins.

La cloudification des OSS est un vrai changement de modèle. Une avancée par étape par étape semble être la mieux adaptée aux défis financiers et d’organisation qui se posent aux entreprises : commençons par introduire des OSS cloud sur des zones géographiques restreintes et mettons en place les organisations et les compétences nécessaires avant de faire le grand pas, dans quelques années, vers le renouvellement virtualisé des équipements actuels.

 

Sébastien Morel

Consultant pôle ingénierie réseaux mobiles chez Sofrecom