Point de vue

Les enjeux futurs des Wholesalers dans l’IoT

ven. 30 juin 2023

L’opérateur qui arrivera à devenir le leader du marché sera non seulement le plus efficient sur les technologies actuelles, mais aussi le plus innovant avec les nouvelles technologies comme l’IA ou la Blockchain.

Clément Eberhardt, Consultant Wholesale

Le marché de l’IoT serait le relai de croissance des Wholesalers occidentaux. Malgré une concurrence commerciale sur les offres et les modèles économiques, la vraie bataille entre les opérateurs aura lieu sur les technologies de pointe.

Sur ce marché, il est essentiel de proposer un certain nombre de services standards afin d’avoir la moindre chance d’être privilégié comme partenaire principal. En effet, par définition, les clients mettent en concurrence les fournisseurs non pas pour une connectivité globale, mais pour un type d’usage ou de périmètre géographique afin d’optimiser au maximum tous les couts. Les clients iront ici et là choisir l’opérateur qui propose la meilleure couverture, le meilleur monitoring et les meilleurs services en fonction du marché de détail ciblé. Il n’est pas rare qu’un client prenne un contrat chez un opérateur pour répondre à un appel d’offre uniquement car son partenaire principal n’aura pas réussi à l’accompagner.

Dans ce contexte plus volatile qu’avec des clients opérateurs s’adressant au marché de détail, les wholesalers doivent suivre les innovations technologiques mises en place par les concurrents mais aussi innover et proposer la technologie différenciante de demain.

Des évolutions technologiques

Par ailleurs, les opérateurs doivent également conjuguer leurs offres avec les dernières évolutions technologiques telles que la 5G (Non – Stand – Alone) et l’eSIM. Désormais il est impératif de pouvoir proposer ces technologies au catalogue afin de suivre une concurrence et un marché contraint d’évoluer très rapidement. Grace à la eSIM, un client peut désormais acheter de la connectivité à un opérateur situé à l’autre bout du monde et l’intégrer dans des cartes SIM dématérialisées qu’il peut envoyer partout dans le monde. Lorsque le terminal cherchera à se connecter à un internet il lui suffira de s’annoncer sur le réseau, de télécharger le profil de l’opérateur concerné et ainsi trafiquer localement. Combiné à un ou plusieurs contrats de Roaming Sponsor, un client opérateur qui achète la connectivité à un autre opérateur pourra ainsi couvrir le monde entier en expédiant les terminaux avec plus de flexibilité.

Certains opérateurs proposent le Bootstrap via l’eSIM en proposant un petit godet de data (équivalent aux données nécessaire au téléchargement d’un profil opérateur) afin de permettre aux clients de vendre des terminaux équipés de eSIM partout dans le monde et les réseaux avec encore plus de flexibilité.

Evidemment, la 5G telle qu’elle est commercialisée pour le moment (Non – Stand - Alone) ne permet pour les usages IoT que d’augmenter les débits face à la 4G, ce qui représente un avantage extrêmement limité. C’est bien la 5G Stand Alone qui sera un levier essentiel du développement de l’IoT en utilisant les 3 composantes fondamentales, à savoir :

  • L’augmentation des débits (d’ores et déjà possible avec la 5G NSA)
  • La réduction de la latence (low latency)
  • La capacité à gérer un grand nombre de connexions IoT en simultané (massive IoT)

Quand l’un permettra aux voitures connectées ou aux outils chirurgicaux d’agir avec une latence très faible, l’autre usage permettra l’explosion du nombre de terminaux connectés en même temps sur le réseau et de gérer de grandes quantités de connexions en simultané mais peu consommatrices en bande passante.

La micro-segmentation des marchés IoT pourra quant à elle donner la possibilité de séparer les verticales du marché afin qu’un incident survenu dans l’automobile n’impacte pas le marché de l’industrie. Alors, la possibilité qu’offrent les nouveaux réseaux virtualisés de segmenter le réseau en tranches (network Slicing) est une opportunité qui consiste à découper virtuellement un réseau, pour mieux répondre aux différents besoins des utilisateurs du réseau à un type d’usage défini : ainsi en découpant virtuellement le réseau (via le SDN-NFV), les opérateurs pourront adresser des usages différenciés et prioriser les usages qui doivent l’être. 

Les enjeux de demain

Bien d’autres défis attendent en réalité les opérateurs dans un marché en perpétuelle innovation et qui en est en pleine mutation.

Certaines technologies existent d’ores et déjà, mais ces dernières devront être largement déployées pour pouvoir adresser le marché : on assiste à une banalisation de connectivité, mais aussi des services associés. Le monitoring est l’une d’entre elle, les opérateurs permettent déjà le suivi en temps réel et la gestion des incidents des flottes IoT. Les plateformes de monitoring donnent aux opérateurs la possibilité de recueillir et de développer des modèles d’analyses des données, de diagnostics et ainsi des IA prédictives capable de prévoir les pics de trafics ou les risques de rupture du réseau et garantir la QoS. Les opérateurs peuvent extraire de la valeur de ces données opérationnelles et partager les informations avec leurs clients sous forme d’un service à valeur ajoutée. Grace à la Data IA (avec par exemple le machine Learning), les données accumulées sur chaque client pourront ainsi bénéficier à tout l’écosystème une fois le marché organisé.

Certains opérateurs seront alors tentés de revendre ces données à des entreprises de marchés connexes afin de monétiser ce big data en sus des prestations fournies aux clients et ainsi utiliser de nouveaux leviers de rentabilité. 

La lutte contre la fraude est aussi un sujet majeur pour les opérateurs, mais avec le nombre de terminaux IoT à venir, cet enjeu deviendra rapidement un des plus impactant tant les possibilités d’usages malveillants seront étendues. De surcroit, les opérateurs devront accroitre leurs compétences en cybersécurité. Les terminaux IoT font partie des outils électroniques les plus susceptibles d’être attaqués par leurs conceptions, le manque de précautions prises par les constructeurs et par certains clients. La sécurité doit alors devenir le pilier fondateur du développement et du déploiement de l'IoT en appliquant le modèle de Security by Design afin d’éviter l’espionnage, la fuite de données personnelles, ou encore la prise de contrôle d’une flotte ce qui aurait des impacts dramatiques.

Ainsi, la Blockchain pourrait permettre de devenir un instrument de référence sur les questions de sécurité de l'écosystème IoT par sa capacité à tracer l’ensemble des interactions. Les acteurs de marché pourront donc avoir des accès aux donnés des objets connectés sans pour autant avoir besoin d’accès privilégié au réseau. Chaque interaction est alors tracée et permet à qui de droit de s’assurer de la fiabilité du device. Les clients pourront donc sélectionner les données qu’ils souhaitent partager avec les acteurs concernés et garantir l’intégrité des échanges. Les marchés qui pourraient directement en profiter seraient ainsi les transports connectés de fret, ou encore l’industrie avec le tracking des composants d’un avion par exemple.

Par ailleurs, l’IoT est intrinsèquement lié au roaming international grâce auquel il est possible pour les objets connectés d’utiliser la connectivité partout dans le monde. Ce type de roaming est nouveau pour certains opérateurs qui peuvent y appliquer des restrictions plus ou moins spécifiques en fonction des marchés. Dès lors, il est très essentiel pour les opérateurs qui vise le marché IoT d’obtenir des accords adaptés, ce qui implique une plus forte négociation mais aussi un plus fort suivi des flux de trafics. Selon la GSMA, la Blockchain pourrait grandement faciliter le travail des clearing houses dans le roaming entre les opérateurs afin d’assurer une meilleure et plus juste répartition des flux financiers entre les opérateurs concernant la connectivité en roaming. Avec une promesse d’efficacité sur la gestion des contrats, et la gestion des litiges, son industrialisation pourrait permettre des vrais gains pour les opérateurs. Cette évolution concernerait par ailleurs à la fois les anciens accords et les nouveaux indépendamment des technologies utilisées (IoT, 5G etc.). La GSMA estime qu’il est « essentiel que l'industrie adopte la technologie blockchain de manière standardisée, par le biais d'un consortium à autorisation privée : sécurisé, évolutif, multipartite, multifournisseur et indépendant ».

Conclusion

Le marché de l’IoT représente une part du volume adressable colossale sur le marché des télécoms. Sa valeur intrinsèque baisse et chaque device fait baisser le coût unitaire. Les opérateurs doivent alors jongler entre l’adaptation du réseau, la mise en place de plateforme et de valeur ajoutée et une banalisation de ces mêmes usages.

Avec des couts de maintien du réseau élevés, une interopérabilité qui peut parfois être complexe, et le passage à l’échelle du marché les opérateurs feront face à de nombreux défis. Enfin, la fraude et les risques de cybersécurité, bien qu’étant déjà fortement en visibilité des opérateurs s’accélèrent sur des terminaux qui la plupart du temps ne sont pas assez sécurisés dès lors de la conception. 

L’opérateur qui arrivera donc à devenir le leader du marché sera non seulement le plus efficient sur les technologies actuelles, mais aussi le plus innovant avec les nouvelles technologies comme l’IA ou la Blockchain.

 

Glossaire

IoT : Internet des Objets

5G NSA : La majorité des premiers déploiements des réseaux 5G sont des déploiements en mode non standalone ou NSA. Ils se concentrent sur le haut débit mobile amélioré. L’objectif est de fournir une bande passante de données plus élevée et une connectivité plus fiable. Plus concrètement, cela signifie que les réseaux 5G s’appuient sur l’infrastructure 4G existante afin de bénéficier de la couverture des bandes basses 4G, ainsi que de la connexion vers un réseau cœur 4G évolué, auquel on y ajoute les fonctionnalités nécessaires à la prise en compte du nouveau standard 5G. C’est l’option qui a rendu le déploiement et la commercialisation de la 5G possible dès 2019.
https://www.ericsson.com/fr/blog/3/2022/5/5g-sa-et-5g-nsa-quelles-differences-

5G SA : La 5G en mode standalone ou SA, est une 5G qui fonctionne « toute seule » sans s’appuyer sur l’infrastructure 4G existante. C’est donc l’option définitive et de long terme pour la 5G.

MNO : Un opérateur de réseau mobile, abrégé en MNO et parfois également appelé fournisseur de services d'opérateur, opérateur de téléphonie mobile ou opérateur de réseau mobile, est une organisation de fournisseur de services de télécommunications qui fournit des communications voix et données sans fil à ses utilisateurs mobiles abonnés.
https://cros-legacy.ec.europa.eu/content/Glossary%3AMobile_network_operator_%28MNO%29_en

MVNO : Les MVNO (Mobile Virtual Network Operators) sont des opérateurs qui ne disposent pas de leur propre réseau radio et qui, pour offrir des services de communications mobiles à leurs abonnés s’appuient sur les services d’un ou plusieurs opérateurs de réseau mobile (au nombre de quatre à ce jour : Bouygues Telecom, Free Mobile, Orange et SFR) en leur achetant des communications en gros. Bien qu'ils ne disposent pas d'un réseau radio en propre, les MVNO sont des opérateurs à part entière, qui maîtrisent la conception et le lancement de leurs offres commerciales et sont pleinement responsables de la fourniture des services de communications mobiles à leurs clients.
https://www.arcep.fr/professionnels/operateurs-des-telecommunications/liste-des-mvno.html

ARPU : pour Average Revenue Per User, est un acronyme utilisé pour désigner le chiffre d’affaires mensuel moyen réalisé par une entreprise avec un utilisateur/client. À l’origine, l’ARPU a été mis en place par les entreprises spécialisées dans les télécommunications. Celles-ci cherchaient alors à identifier le revenu (ou chiffre d’affaires) moyen généré par un abonné unique sur une année. Aujourd’hui, l’ARPU est utilisé dans de nombreux domaines pour apporter des informations précises sur le chiffre d’affaires d’une entreprise. On le retrouve notamment dans le secteur des services en ligne et dans celui des applications mobiles. À noter qu’il n’existe aucune définition légale des périmètres de l’ARPU. Ces derniers sont donc variables d’une société à une autre.
https://www.journaldunet.fr/business/dictionnaire-du-marketing/1207665-arpu-average-revenue-per-user-definition-traduction-et-synonymes/

AUPU : pour Average Usage per User, représente la consommation moyenne d’une unité (voix, sms, data etc.) selon la même base de calcul que l’ARPU.

Compound annual growth rate (CAGR) : Taux de croissance annuel composé

Slicing : Le network slicing consiste à découper le réseau en plusieurs sous-réseaux, que l’on appelle des tranches, ou “slices” en anglais. Chaque tranche fonctionne de façon indépendante, bien qu’elles soient déployées sur une même infrastructure physique.
https://reseaux.orange.fr/actualites/5g-network-slicing

Clearing Houses : Chambre de compensation

Clément Eberhardt

Consultant Wholesale