Point de vue Presse

Enjeux et défis de l’économie circulaire pour les opérateurs

dim. 08 août 2021

En relevant les défis de l’économie circulaire, les acteurs du numérique ont l’opportunité d’accélérer la transition écologique et de contribuer à l’émergence d’un système post-crise plus pérenne et davantage vertueux.

La crise sanitaire mondiale place la santé au cœur des enjeux sociétaux. Elle démontre la fragilité de notre modèle de développement économique, social et environnemental. Elle pointe l’urgence d’une consommation plus sobre, responsable et durable de nos ressources naturelles. En relevant les défis de l’économie circulaire, les acteurs du numérique ont l’opportunité d’accélérer la transition écologique et de contribuer à l’émergence d’un système post-crise plus pérenne et davantage vertueux.

Un changement de paradigme est essentiel

Le numérique ne représente que 3,5% des émissions de gaz à effet de serre (GES) dans le monde. Cependant, sans actions correctives, le déploiement de nouveaux réseaux, la multiplication des terminaux et l’explosion des usages, boostés par la 5G, accroîtront significativement ces émissions. La consommation énergétique des opérateurs va grimper comme la production d’équipements électroniques et électriques dont le cycle de vie - de la fabrication à la mise au rebus - concentre 70% de l’empreinte carbone du numérique. En effet, les déchets électroniques et électriques (DEEE) restent trop peu recyclés alors qu’ils intègrent des ressources naturelles rares (or, argent, cuivre, platine…). Leur volume mondial augmente de 2,5 millions de tonnes chaque année ! Cette accumulation représente un risque environnemental et sanitaire croissant que les opérateurs ne peuvent pas ignorer.

Chiffres clés DEEE

En 2019, le monde a généré 53,6 millions de tonnes de déchets d’équipements électriques et électronique (DEEE) : 7,3 kg par personne et +21% de croissance en 5 ans.

Répartition : 24,9 Mt en Asie, 13,1 aux Amériques, 12 en Europe, 2,9 en Afrique et 0,7 en Océanie.

Seuls 17,4% de ces DEEE sont collectés et recyclés, notamment en Europe (42,5 % du volume total).

Projection 2030 : 74,7 Mt de DEEE, 2 fois plus qu’en 2005.

Source : Global E-Waste Monitor

L’économie circulaire, un cercle vertueux

Pour favoriser une croissance du numérique durable et respectueuse de l’environnement, la Commission européenne, les gouvernements et divers organismes comme l’UIT ou, en France, l’Institut national de l’économie circulaire (INEC) et l’Agence de l’environnement et de la maitrise de l’énergie (ADEME), promeuvent l’économie circulaire et lui donnent un cadre réglementaire.

Qu’est-ce que l’économie circulaire ?

Elle entend accélérer la transformation de notre modèle de production et de consommation en favorisant la réutilisation des ressources naturelles et en limitant la production des déchets. Elle vise une maitrise de bout en bout du cycle de vie des produits et services dans un esprit de cycle vertueux de la matière première. Elle contribue à passer d’une consommation « jetable » à une consommation « durable ».

Ainsi, la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC), promulguée en France le 10 février 2020, impose aux fabricants d’équipements électroniques d’informer les consommateurs sur les caractéristiques environnementales de leurs produits (indices de réparabilité et de durabilité du produit, disponibilité des pièces détachées…). Quant aux opérateurs, ils auront obligation dès janvier 2022 d’informer leurs clients sur le coût carbone de leurs consommations numériques.

 

Un levier stratégique en faveur du zéro carbone et un modèle économique performant

Certains opérateurs sont déjà bien engagés dans la lutte contre le gaspillage, la réutilisation de stocks d’équipements dormants et le recyclage. Orange, par exemple, a fait de l’économie circulaire un axe de sa stratégie « engage 2025 » pour atteindre « Zéro Carbone » dès 2040. Il a lancé plusieurs programmes donnant des objectifs mesurables et de la visibilité à diverses initiatives déclinées en Europe et en Afrique :

  • L’éco-conception des produits et services de la marque Orange.
  • La collecte solidaire et le recyclage des téléphones usagés : 100 millions dormiraient dans les tiroirs des Français ! La reprise-réparation-reconditionnement des smartphones fonctionnels (Programme « Re » avec Emmaüs). Objectifs : collecter 30% des mobiles usagés. Faire 10% du volume des ventes sur du reconditionné.
  • Le reconditionnement de 90% des terminaux fixes collectés (box…).
  • L’utilisation, à hauteur de 20% des CAPEX, d’infrastructures réseaux et équipements IT reconditionnés. Pour cela, Orange a créé Marketis, une plateforme interne d’achat-vente d’infras recyclées permettant à des filiales désireuses de déployer de la 3G ou 4G en Afrique de réutiliser des matériels démantelés en Europe. C’est un modèle économique très performant : il évite la production de matériel neuf, réduit donc les émissions de CO2 et les coûts d’investissement de l’opérateur, tout en apportant de la qualité : réparés et retestés, ces équipements s’avèrent très fiables à l’usage.

Un défi opérationnel

Intégrer l’économie circulaire dans sa stratégie et ses objectifs de RSE est une condition nécessaire pour réussir mais non suffisante. Les opérateurs évoluent dans un écosystème complexe et mondialisé. Un de leurs grands défis est d’engager les équipementiers et les fournisseurs alternatifs, souvent réticents, dans une démarche de reconditionnement en faveur de l’utilisation d’équipements de seconde main. Face à ces résistances, des consortiums se montent entre opérateurs pour concentrer leurs efforts vers une même direction :

  • Une marketplace inter-opérateurs d’équipements d’occasion fonctionnels est en train de se créer.

  • La Joint Audit Co-Operation (JAC) associe 17 opérateurs dans le but d’améliorer les normes RSE et de durabilité de la chaîne d’approvisionnement.

En parallèle un marché de fournisseurs alternatifs comme Morphosis, Cordon, Itancia et bien d’autres, émergent. Il permet le recyclage de DEEE et le reconditionnement des équipements TIC.

C’est le début d’une longue bataille à mener... La définition de standards et le renforcement du cadre règlementaire sont indispensables pour assurer la traçabilité, tout au long du cycle de vie, de produits très diversifiés et pour identifier l’écoresponsabilité des intervenants de la chaine (fabricant, opérateur, utilisateur final). L’Eco Rating que Deutsche Telekom, Orange Telefonica, Telia Company et Vodaphone ont élaboré et lancé le 1er juin 2021 va dans ce sens. L’indice permet aux consommateurs d’identifier les téléphones mobiles les plus respectueux de l’environnement, tout en incitant les fournisseurs à réduire l’impact environnemental de leurs produits.

Un défi culturel

L’acculturation de l’ensemble de l’écosystème aux atouts écologiques des pratiques d’économie circulaire est un autre grand défi. L’opérateur a un rôle à jouer, aux côtés des gouvernements et des agences, pour sensibiliser ses fournisseurs, ses clients et ses salariés. Même si les pratiques évoluent – près d’un quart des Français a déjà acheté un smartphone d’occasion 1 - beaucoup reste à faire pour promouvoir une consommation sobre des usages du numérique et accompagner la transformation. Orange a lancé depuis plus de 10 ans de nombreuses actions de sensibilisation en ce sens : des quiz, des jeux, un passeport économie circulaire, une présentation de son programme « re » dans les boutiques, des conseils à ses clients, des indicateurs sur l’impact carbone des usages, le paramétrage « économie d’énergie » de ses services (box, TV), la mise en œuvre de gestes anti-gaspillage au quotidien au sein de l’entreprise, l’intégration d’ingénieurs environnement durable…

Conclusion

Au plus fort de la pandémie, le numérique s’est affirmé comme un pilier d’amélioration de notre quotidien et même un moteur de décarbonisation pour certaines activités. Sa croissance programmée est l’opportunité pour un opérateur soucieux de son empreinte environnementale de s’engager dans un nouveau modèle de développement durable. L’économie circulaire n’est pas qu’une somme de contraintes pour limiter l’utilisation des ressources naturelles et préserver la planète. C’est aussi un modèle économique et social vertueux : il optimise les coûts tout en augmentant la qualité des produits ; il favorise l’inclusion numérique en facilitant l’accès au numérique pour tous.

 

1. Enquête IFOP 2019 pour SOFI Group

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Samia Bendali-Amor

Directrice du Département Consulting IT et Services de Sofrecom