Point de vue

Accélérer la transformation intelligente des réseaux

lun. 13 mai 2024

Une transformation intelligente vers des réseaux natifs du cloud pose les bases de nouvelles opportunités commerciales pour les opérateurs télécoms.

La transformation de leurs infrastructures autour de la data/IA et du cloud permettra aux opérateurs de mieux monétiser leurs réseaux et de créer de la valeur notamment sur les marchés des entreprises et du wholesale. Passer de telco à techco est un changement de paradigme qui prendra appui sur une profonde transformation culturelle.

Deux ans après le lancement commercial de la 5G sur un coeur de réseau 4G, les opérateurs peinent encore à monétiser cette nouvelle technologie. L’arrivée des coeurs de réseau 5G cloud-native va leur offrir de vraies capacités de différenciation de services. Pour profiter de cette opportunité de création de valeur et résister à la concurrence des hyperscalers, les opérateurs vont devoir accélérer la transformation intelligente de leurs réseaux.

La migration vers des réseaux automatisés par la data et l’IA et aptes à s’autodiagnostiquer et s’autoréparer prend appui sur quatre piliers.

Manager le Big Data

Les équipements réseaux génèrent une très grande quantité de données que les opérateurs savent déjà collecter, stocker, traiter et analyser. Leur nouvel enjeu est de valoriser un gisement toujours plus important de sources de données pour dégager de nouvelles sources de revenus et proposer, avec leur légitimité de tiers de confiance, des services innovants aux clients.

Le big data management revient à :

Définir des cas d’usage de données stratégiques, aujourd’hui non disponibles dans les entreprises, qui apporteraient une valeur aux différents métiers en les aidant à améliorer leurs performances ou à orienter leurs décisions. Par exemple : les données permettant une meilleure utilisation des ressources (consommation énergétique, temps,foncier…).
Construire un nouveau modèle d’affaires qui conduira les opérateurs à travailler ces nouvelles données comme des offres de produits de données monétisables.

Il est important de structurer cette nouvelle approche de la donnée à travers une architecture data et une gouvernance de la data.

Ces sujets de big data et de data democracy rapprochent le monde de l’IT de celui des réseaux. Ils conduisent les opérateurs à passer du modèle historique de la Business Intelligence, arrivé à une forme de maturité, vers une organisation fondée sur l’open data et la data driven company.

Migrer vers le Telco-Cloud

L’évolution des réseaux vers la technologie cloud-native, c’est-à-dire la conteneurisation, constitue le deuxième pilier de la transformation. Elle répond à des enjeux de flexibilité, d’élasticité, de scalabilité, de gestion optimisée des capacités dans les réseaux et d’agilité dans les déploiements. Elle prendra du temps car le telco-cloud intègre quantité de technologies complexes et nécessite des investissements. Le déploiement se fera par étapes successives en démarrant par les coeurs de réseau. Les opérateurs seront confrontés à de nombreux choix : comment combiner la virtualisation des fonctions réseau et la mise en réseau logicielle (SDN) pour réduire les coûts et le time to market? Quelles étapes franchir pour aller vers du cloud hybride et du multicloud plutôt que du cloud privé ? Quel chemin vers la conteneurisation ? Quelle solution d’orchestration des conteneurs ? Autant de questions qui requièrent un accompagnement. Pour éviter que les hyperscalers n’imposent leurs solutions IT, les principaux opérateurs en Europe, dont Orange, collaborent, dans le cadre de l’initiative SYLVA de la Linux Foundation Europe, à la création d’un cadre logiciel open source sur le cloud, adapté au monde du telco. Objectifs : proposer une solution globale répondant aux enjeux de performance des opérateurs, réduire la complexité et accélérer la cloudification des réseaux.

Automatiser les opérations réseau et la maintenance

L’automatisation du provisionnement, de la gestion du réseau et de la sécurité est au coeur de la transformation des réseaux. Elle optimisera en permanence leur efficacité opérationnelle et leur fiabilité ce qui permettra d’accélérer le déploiement de nouvelles applications, de réduire les coûts de maintenance et d’accroître la qualité de service pour le client final.

L’intégration continue et la livraison continue (CI/CD) de logiciels, tout au long de leur cycle de vie, se feront dans le cadre d’une approche DevSecOps héritée de l’IT : plusieurs communautés d’ingénieurs et de développeurs travaillent ensemble en mode agile au sein d’une usine d’intégration de réseau (Network Integration Factory). L’objectif est d’automatiser au maximum les processus pour rendre les réseaux complètement autonomes : aptes à s’autodiagnostiquer et s’autoréparer.

Les niveaux de maturité de l’automatisation s’évaluent sur une échelle de 0 à 5. L’automatisation simple consiste à mettre en place des automates qui enchaîneront des tâches jusqu’alors manuelles répétitives ou chronophages. L’automatisation complexe s’appuie sur des algorithmes d’IA ou de machine learning. Elle permettra, par exemple,de détecter automatiquement la cause racine d’une panne et de la corriger, soit en déclenchant automatiquement les procédures de réparation, soit en envoyant un ordre de travail à un technicien à travers un outil de workforce management qui préparera les travaux à réaliser et planifiera l’intervention.

Créer des services réseaux

Ces trois étapes sont les prérequis à la création continue de services réseaux intelligents, monétisables auprès des entreprises ou d’autres opérateurs. Ce pourront être des services qui agiront sur la performance du réseau et l’utilisation des ressources, comme :

• Un service assurance, basé sur des logiciels d’IA et de machine learning qui permettraient de faire de la maintenance prédictive : détecter des signaux faibles pour anticiper des défaillances et des pannes et sécuriser la qualité de service dans les réseaux.
• Des offres de qualité de service à la demande, fondées sur de l’exposition de services via des d’API dans une approche de plateformisation : un client pourrait, par exemple, bénéficier d’une latence très courte uniquement au moment où il bascule sur un jeu en ligne.

La transformation technologique permettra également de démocratiser des services de NaaS (network as a service) qui simplifieront l’accès aux services de cloud des entreprises ne souhaitant pas investir dans le déploiement, par exemple, d’un coeur de réseau 5G : elles paieront un abonnement pour utiliser les services cloud en fonction de leurs besoins.

Pour accompagner ses clients dans ce voyage vers le cloud, Sofrecom définit les jalons qui leur permettront d’atteindre, sur chacun des quatre piliers de la transformation, un niveau de maturité cible au regard des priorités et des enjeux de business spécifiques à chaque entreprise.

Changement de paradigme

Au-delà de la complexité de la transformation technique, les opérateurs auront à gérer et à accompagner une profonde transformation culturelle au sein de leur entreprise. Leur entrée dans l’ère du logiciel nécessitera :

• De faire converger les compétences réseau et les compétences IT. Les ingénieurs réseau seront amenés à monter en compétences sur des sujets d’intégration de big data, d’automatisation, de méthodes DevSecOps, de sécurité, d’algorithme d’IA et de machine learning. Il y a un vrai sujet d’upskilling, voire de reskilling.
• D’implémenter des méthodes de travail en mode agile sur des cycles courts - très différentes de celles des équipes réseau - pour favoriser le développement agile et l’innovation continue.
• D’évoluer vers la plateformisation, dans une logique de marketplace qui regroupera les services de connectivité/communications et les services numériques.
• De travailler en partenariat avec tout l’écosystème et de partager les solutions dans un esprit de grande ouverture, ce qui n’est pas dans l’ADN historique des opérateurs.

Dans une économie axée sur le numérique, les opérateurs ont un atout : ils peuvent s’appuyer sur la transformation intelligente de leurs infrastructures pour réussir leur transition de sociétés de télécommunications vers des sociétés de technologie,et asseoir leur croissance future.

 

 

 

Davy Letailleur

Directeur Général Adjoint; Directeur IT & Network