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Partage des infrastructures mobiles en France : la perspective TowerCo

Partage des infrastructures mobiles en France : la perspective TowerCo

Par Frédéric doucet - consulting director - le 05 février 2020

Tower telecom

Par Frédéric Doucet - Directeur conseils

Sofrecom s’est placé dans la perspective d’une TowerCo pour analyser les données ANFR à fin novembre 2019 et les comparer à celles de novembre 2018.

L’Agence Nationale des Fréquences (ANFR) met à disposition ses données concernant les installations radio-électriques en France [1]. Disponibles en open-data, elles permettent à tous de savoir où sont localisés les sites des opérateurs mobiles sur le territoire ainsi que les fréquences émises. Tous les opérateurs télécoms ont une vue d’ensemble des infrastructures d’accès mobile autorisées par l’ANFR ainsi que celles qui sont effectivement en service. Ils connaissent ainsi les points de présence de leurs concurrents. Les collectivités locales peuvent quant à elles suivre l’évolution des déploiements de sites et de fréquences à l’échelle de leur territoire. Enfin les particuliers peuvent localiser le site le plus proche de chez eux. Il reste des acteurs, plus discrets, pour lesquels les données ANFR sont également riches en informations. Il s'agit des TowerCos, ces entreprises qui possèdent les tours, pylônes ou mâts, sur lesquels les opérateurs installent leurs antennes.

Parc de sites mobiles : vers un partage accru des infrastructures passives

Au-delà du déploiement de la 4G qui s’accélère dans les zones rurales, on constate que tous les opérateurs déploient leurs sites à un rythme élevé. Orange a activé environ 800 sites entre novembre 2018 et novembre 2019. Sur la même période, SFR en a mis en service 600, tandis que Bouygues Télécom en activait 1 600 et Free plus de 2 200. Au total ce sont plus de 5 200 sites radio activés en 1 an. C'est bien plus que les sites nouvellement construits. En effet, même si les opérateurs bâtissent de nouveaux pylônes dans les campagnes françaises pour couvrir les zones blanches et grises, ils activent beaucoup plus d’antennes sur les sites existants qu’ils n’en construisent de nouveaux. L’augmentation rapide du partage de sites est donc le phénomène majeur sur le marché français aujourd’hui.

Tous les sites ne se prêtent pas au partage de la même façon. Les pylônes sont les sites les plus aisément mutualisables. A l'inverse, il est difficile d’héberger plusieurs opérateurs sur un même mât de toit-terrasse. De ce point de vue, les opérateurs ont un mix assez similaire :

  • environ 2/3 de sites de type pylônes (plutôt ruraux),
  • ¼ de toits-terrasses (plutôt urbains),
  • et le reste sur des châteaux d’eau, églises et autres édifices, ouvrages d’art et monuments.

Les pylônes : sites de partage par excellence

Qui est réellement propriétaire des pylônes? Comment sont-ils partagés aujourd’hui?

Les opérateurs et leurs filiales d'infrastructures en possèdent un peu moins de 16 000 sur un total de près de 26 000 pylônes en service. De leurs côtés, les TowerCos indépendantes des opérateurs en possèdent à peu près 7 000. Le reste du parc appartient à des acteurs externes au secteur des télécoms, comme la SNCF, EDF et les sociétés de distribution d’eau. Côté opérateurs télécoms, ce sont SFR et Bouygues, notamment au travers de leur accord de RAN-Sharing commun, qui partagent le plus leurs tours. Ce qui se traduit par les ratios de partage (tenancy ratio) les plus élevés des 4 opérateurs : 2,3 et 1,9 respectivement. En parallèle, Orange n'atteint que 1,5 et Free, qui est seul à 97% sur ses pylônes, 1,05.

Le partage des pylônes en France à fin 2019

Les champions du partage des infrastructures passives sont cependant les TowerCos. TDF avec un tenancy ratio de 2,48 et d'American Tower Corporation avec 2,79 sont les plus performants. Cellnex est le dernier arrivé en France et ne détient qu'un parc encore très réduit. Il n’atteint que 2,15 sur ses pylônes.

L’open data pour mieux connaître les TowerCos

Les données open data de l’ANFR, bien que précieuses, sont encore incomplètes. Elles ne permettent pas une vue globale du partage sur le marché français. En effet, il n’est pas possible aujourd’hui de réaliser la même analyse pour les toits-terrasses. De même, les tours des filiales « TowerCos » des opérateurs, comme Hivory détenue par SFR et KKR, ne sont pas différenciées. Enfin, les accords de RAN-Sharing entre opérateurs (Crozon, New Deal mobile) gonflent artificiellement les indicateurs de partage : seul un opérateur possède un équipement actif sur un pylône et émet un signal pour le compte d’un, deux voire trois autres opérateurs. En réalité le loyer perçu provient en principe d’un seul opérateur, celui qui est « leader » sur le site.

Vers toujours plus de partage

Le partage des infrastructures passives, qui se traduit par l’hébergement des équipements actifs de plusieurs opérateurs sur une même tour, a encore de belles perspectives de croissance en France. Les cessions de tours de Free et Bouygues Telecom, ainsi que la création par SFR de sa filiale TowerCo montrent que les opérateurs l’ont bien compris. Il est certain que ces opérations génèrent d’autant plus de valeur pour les opérateurs qu’elles sont initiées tôt par rapport au niveau de partage existant. En effet, la valorisation des tours passe essentiellement par le potentiel de mutualisation incrémental qu’elles recèlent. Cependant, l’arrivée annoncée d’un acteur majeur comme Orange va rebattre les cartes. Elle va sans aucun doute impacter la capacité des acteurs présents à atteindre leurs objectifs ambitieux de tenancy ratio. On peut ainsi raisonnablement se demander comment SFR-Hivory va faire pour atteindre son objectif annoncé de 2 loyers par site en moyenne alors que ses pylônes sont déjà mutualisés au niveau d’une TowerCo et que ses toits-terrasses ne peuvent pas être mutualisées…


[1] Cartoradio