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Bénin : une école de la fibre comme pilier d’une économie numérique forte

Bénin : une école de la fibre comme pilier d’une économie numérique forte

Par Serge Adjovi - Président de l’Agence pour le Développement du Numérique (ADN) du Bénin - le 11 mai 2020

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Pour soutenir le déploiement et la maintenance de réseaux très haut débit ainsi que le développement des usages du numérique dans l’économie, le secteur du numérique au Bénin a lancé un projet original d’Ecole de la Fibre. Cette Ecole de formation professionnelle aux métiers du numérique a vocation à servir de modèle de référence en Afrique de l’Ouest.

Quelle est l’ambition du Bénin en matière de numérique ?

Le gouvernement du Bénin veut faire du pays, la plate-forme de services numériques en Afrique de l'Ouest, pour accélérer la croissance économique et l'inclusion sociale. Cette ambition est portée par de nombreuses institutions : le Ministère du Numérique et de la Digitalisation (MND), l’Agence pour le Développement du Numérique (ADN), l’Agence des Services et Systèmes d’Information (ASSI), l’Agence Nationale pour l’Identification des Personnes (ANIP)…

Comment cette ambition concilie-t-elle l’inclusion numérique avec l’inclusion sociale ?

Dans le programme d’actions que le Président Patrice Talon a défini pour son gouvernement après son élection en 2016, l’inclusion sociale est indissociable de l’inclusion numérique.

Le Programme d’Actions du Gouvernement (PAG) « Bénin Révélé » repose sur 45 projets de croissance dans les secteurs clés de l’économie et une quinzaine de réformes structurantes. Il s’avère que le numérique occupe une place importante dans chacun de ces projets, même lorsque ces derniers s’inscrivent dans d’autres secteurs que le numérique. Le numérique est donc un moteur clé de l’accélération de la croissance économique et du développement social du Bénin.

Trois exemples emblématiques de cette ambition :

• Le projet ARCH de développement social du Bénin comporte notamment un volet d’assurance maladie pour les populations les plus défavorisées, un volet de formation en particulier pour les artisans et un volet d’accès au microcrédit. Pour identifier les bénéficiaires dans les lieux les plus reculés du territoire et s’assurer de la bonne allocation des ressources et du retour social sur des investissements élevés, le projet s’appuie sur l’identification biométrique des personnes et la distribution de cartes d’identité électroniques.

• Afin de développer certaines filières du secteur agricole sur lequel repose une grande partie de l’économie du Bénin, nous avons monté, en coopération avec la Banque Mondiale, un projet de développement de la pénétration du numérique dans les zones agricoles. Grâce à la mise en œuvre de banques de données et de services numériques fournis par des start-up, des agriculteurs pourront augmenter leurs ratios de production.

Pour ce faire, ils sont amenés à se connecter à Internet dans leur activité professionnelle.

• Nous avons créé une quarantaine de centres communautaires numériques équipés d’une connexion Internet, d’un terminal et de services dans un environnement bien alimenté en électricité et climatisé.

Les citoyens qui n’ont pas Internet à la maison ou sur leur mobile peuvent se faire aider pour accéder à des services numériques et se familiariser avec le numérique.

Le développement du numérique repose sur le déploiement de réseaux haut débit de qualité sur tout le territoire. Quel est le niveau de couverture du Bénin ?

Depuis 2017, nous avons déployé et réhabilité plus de 2 000 km de fibre optique. 47 communes bénéficient actuellement d’un point de présence haut débit. L’ambition est de couvrir les 77 communes du Bénin. L’ADN est en train de finaliser les financements d’un nouveau programme de construction de 1 200 km supplémentaires de fibre optique. L’enjeu est de sécuriser l’infrastructure existante par un chemin redondant et de connecter les communes non couvertes, notamment à l’Ouest du côté de la frontière avec le Togo. Il est aussi essentiel de développer des boucles métropolitaines pour rapprocher les grands centres d’activité des entreprises.

Afin de profiter des nouveaux usages permis par cette infrastructure haut débit, nous construisons en outre, au Nord de Cotonou, un Data Center national qui fournira notamment un accès sécurisé aux services et données de l’administration.

L’éducation aux usages du numérique est un des piliers de votre ambition d’inclusion numérique et sociale. Quels sont vos projets dans ce domaine ?

Le programme gouvernemental intègre trois projets d’infrastructures pour généraliser l’usage du numérique dans le domaine de l’éducation et contribuer ainsi à la maturité numérique du Bénin : un réseau d’éducation et de recherche qui connecte les universités et verra le jour mi-2020 ; il sera interconnecté à l’ensemble des établissements de recherche d’Afrique et d’Europe ; un réseau des établissements secondaires et de formation professionnelle ;

enfin, dans le futur, un réseau de connexion des     3 000 écoles primaires.Au-delà de l’infrastructure, nous développons les usages en mettant en place des salles numériques dans certains des établissements.            

30 à 40 postes informatiques permettent aux étudiants d’apprendre ce qu’est le numérique et d’apprendre en utilisant l’outil numérique.

Quels sont les enjeux de l’Ecole de la Fibre que vous prévoyez de lancer en 2020 ?

Lors du premier plan de déploiement de la fibre optique, nous avons eu des difficultés à trouver des compétences locales. A quoi sert de construire des milliers de km de fibre, de faciliter le travail des FAI qui font du déploiement FTTH et même celui des opérateurs mobiles, donc de rapprocher le haut débit des utilisateurs entreprises et particuliers, si nous ne disposons pas des savoir-faire pour non seulement installer mais superviser et maintenir ce réseau ? L’idée d’une Ecole de la fibre, soufflée par notre partenaire Sofrecom, a tout de suite intéressé le Bénin.

Pour faire vivre le marché de la fibre au Bénin, il est indispensable de former des spécialistes. En outre, cette Ecole donnera, chaque année, à 40 à 60 apprentis et étudiants l’opportunité d’apprendre un métier durable et de s’insérer dans la vie professionnelle.

Comment fonctionnera cette Ecole ?

Une étude va être lancée auprès de toutes les parties prenantes qui ont donné une impulsion à ce projet après que l’ADN ait obtenu des garanties de financement auprès du Trésor français : les Ministères du numérique et de la digitalisation ; de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique ; des enseignements secondaires, techniques et de la formation professionnelle. Le projet devrait se centrer sur l’apprentissage professionnel, concerné des élèves pré et post bac et mixer des apprentissages de courte durée avec des formations plus longues. Focalisé sur les métiers de la fibre au démarrage, il s’étendra à d’autres métiers du numérique. Je souhaite qu’il voie le jour rapidement afin de dupliquer ce modèle original dans le nord du pays, afin de toucher l’ensemble du territoire, et même de l’exporter dans les pays voisins.

L’Ecole de la fibre constitue un pilier essentiel de la mise œuvre des ambitions d’inclusion numérique du Bénin et de la réussite de son projet phare « Généraliser l’usage du numérique par l’éducation et la formation ». Le réseau fibre, le data center et les e-services que nous déployons n’aurons de sens que s’ils peuvent être opérés par des compétences qualifiées.

L’ADN

Créée en 2017, l’Agence pour le Développement du Numérique est une agence d’exécution de projets phares du Gouvernement du Bénin dans le secteur du numérique. Elle contribue à la concrétisation d’une économie numérique forte pour le développement des infrastructures haut et très haut débit et des usages numériques.

Article extrait de notre livre blanc, Inclusion digital, un enjeu sociétal ?