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Point de vue

Libérer le potentiel des TPME africaines : le pouvoir transformateur de l'innovation fintech

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Sylvain Morlière

Directeur Conseil Fintech, Inclusion et Projets Gouvernementaux

Il est largement reconnu que les très petites, petites et moyennes entreprises (TPME) africaines ont longtemps été sous-servies, manquant d'accès à des services financiers adaptés à leurs besoins. Néanmoins, depuis le lancement du mobile money à la fin des années 2000, des vagues d'innovations ont révolutionné les services financiers à travers le continent. Ces avancées ont démontré la capacité des fintechs à développer des atouts et des outils permettant de surmonter les obstacles auxquels les prestataires financiers traditionnels se heurtent sur les marchés africains. À l'origine destinées aux consommateurs, les innovations fintech s'apprêtent désormais à libérer le potentiel de croissance des TPME africaines, en optimisant les opérations de paiement, en améliorant la gestion du besoin en fonds de roulement ou en facilitant l'accès au financement.

L'innovation devrait considérablement simplifier les opérations de paiement des entreprises

À travers le continent, les opérations de paiement demeurent une charge importante pour les TPME. Dans plusieurs pays, il n'est pas rare de voir des chefs d'entreprise se rendre chez leurs clients pour encaisser des paiements ou remettre des chèques ou de l'argent liquide à leurs fournisseurs. À la fin du mois, les employés faisant la queue au service comptabilité pour percevoir le versement de leur salaire — une procédure souvent appelée « billetage » dans les pays francophones — est également une scène familière. De plus, les TPME luttant pour remplir leurs obligations fiscales doivent fréquemment organiser des déplacements auprès des administrations fiscales pour s'assurer que les paiements sont effectués.

Dans ce contexte, les fintechs offrant aux professionnels un accès à des points de paiement numériques ou de proximité pour régler les impôts des sociétés ont créé une valeur significative. Des entreprises comme la fintech égyptienne Fawry ont permis aux TPME de gagner du temps et de réduire leurs coûts lors du paiement des taxes, entre autres avantages. D'autres fintechs, telles que Julaya en Côte d'Ivoire, se sont spécialisées dans la fourniture de solutions permettant la digitalisation du paiement des salaires. En outre, plusieurs fintechs ont exploré la manière dont l'acompte sur salaire pourrait être mis en œuvre et déployé à plus grande échelle : la licorne sud-africaine TymeBank propose une solution d'acompte sur salaire aux employés des entreprises partenaires, soulageant ces entreprises de la charge opérationnelle liée à la gestion des avances tout en favorisant « une meilleure productivité et un absentéisme réduit ».

Mais l'innovation dans les paiements des TPME va bien au-delà de la rationalisation du paiement des taxes et des salaires. Le recouvrement des paiements reste un sujet central : aux côtés d'un écosystème dynamique de fournisseurs de passerelles de paiement à travers l'Afrique, des fintechs telles que Maviance, Paydunya, Flutterwave ou SycaPay étudient comment les demandes de paiement numériques (parfois appelées « liens de paiement ») peuvent aider efficacement les entreprises à encaisser leurs paiements.

Combler le déficit de crédit des TPME

Des études menées par Sofrecom ont mis en lumière à quel point les problèmes de fonds de roulement affectent encore les TPME africaines, freinant parfois considérablement leur développement. En parallèle, leur capacité d'investissement est limitée par un faible accès au financement. Dans la zone de l'Union économique et monétaire ouest-africaine par exemple, la Banque mondiale a rapporté que moins de 25 % des entreprises avaient accès à un prêt formel ou à une ligne de crédit en 2024, soulignant que « le secteur financier [ne parvenait] pas à soutenir correctement les entreprises, en particulier les TPME ».

Le crédit accordé par les fintechs s'est avéré très efficace pour répondre aux spécificités des prêts aux TPME africaines : en s'appuyant sur les données, le scoring automatisé et la distribution numérique, il a surmonté bon nombre des défis qui empêchaient les banques africaines de servir correctement les plus petites entreprises. Pour les clients, le prêt numérique offre une commodité (paperasse limitée, processus plus rapides, pas besoin de se déplacer en agence physique, etc.) tout en améliorant l'accès, car l'historique de crédit et les garanties ne sont souvent pas exigés.

Le développement à grande échelle du prêt numérique aux TPME reposera sur la capacité des fintechs à collecter les données alternatives nécessaires pour évaluer la solvabilité des TPME. Les fintechs adossées aux opérateurs télécoms conservent un avantage significatif puisqu'elles peuvent accéder aux données d'usage des télécommunications. Cependant, certains acteurs au service du secteur du commerce de détail, comme Kazang, Yoco ou Fawry, ont développé des modèles économiques à multiples facettes qui leur donnent accès à des données marchandes pertinentes. En 2025, Yoco a indiqué avoir distribué plus de 3 milliards de rands « d'avances de trésorerie » à une grande partie de ses 200 000 clients commerçants en Afrique du Sud.

La fintech, un facteur de changement pour les micro-commerçants africains

La digitalisation des paiements du commerce de détail a longtemps été considérée comme un eldorado par les fournisseurs de services financiers. Bien que l'adoption des paiements numériques par les commerçants en Afrique reste modérée, la dynamique récente est incontestable : selon la Banque mondiale, elle a presque doublé dans la région subsaharienne depuis 2021, 20 % des adultes ayant effectué un paiement numérique chez un commerçant en 2024.

Pour les micro-commerçants, les solutions de paiement numérique font bien plus que simplement sécuriser les transactions : elles transforment l'ensemble de leur activité. Ces solutions rationalisent les opérations, réduisent les risques et permettent aux commerçants de fournir une expérience supérieure au point de vente. En plus de digitaliser les paiements, plusieurs fintechs ont développé des propositions de valeur globales qui créent une valeur substantielle pour les commerçants. Des acteurs tels que Flash en R. D. Congo, Basata en Égypte, Blu Label en Afrique du Sud ou InTouch sur plusieurs marchés du continent offrent aux détaillants l'accès à un large portefeuille de produits et services (recharges téléphoniques, jeux, télévision payante, etc.) qui ouvrent de nouvelles sources de revenus. Au-delà, ces fintechs mettent à la disposition des commerçants des outils de suivi et, dans de nombreux cas, un accès à des avances de trésorerie ou à des prêts, renforçant ainsi la résilience de leur entreprise.

Les fintechs adossées aux opérateurs télécoms doivent repenser leur stratégie pour libérer le potentiel du segment des TPME

Alors que les petites entreprises ne bénéficient souvent pas d'offres mobiles dédiées de la part des opérateurs télécoms (elles utilisent principalement des services B2C), le modèle doit certainement être adapté pour le mobile money. Les TPME rapportent fréquemment que les services de mobile money actuels ne sont pas adaptés à leurs besoins, par exemple en termes de plafonds de transaction, de tarification, d'accès à l'historique des transactions ou aux reçus. De plus, les services de mobile money en « boucle fermée » manquent de l'attrait des solutions proposées par les agrégateurs ou les acteurs de l'écosystème ouvert. Bien que le mobile money soit de plus en plus interopérable, cela repose encore largement sur des accords bilatéraux, bien loin d'offrir la connexion fluide et universelle nécessaire. Cela limite la manière dont les TPME peuvent exploiter le mobile money avec leurs partenaires, clients ou employés.

Le crédit sera un autre champ de bataille majeur : les fournisseurs de mobile money ont pris du retard par rapport aux autres fintechs pour répondre aux besoins des entreprises tels que les facilités de découvert, les avances sur salaire, les facilités de paiement avec les fournisseurs ou le soutien à l'investissement. Le segment des TPME offrant un immense potentiel inexploité, les fintechs adossées aux opérateurs télécoms devront innover et changer de paradigme pour rester en tête sur ce marché à forte croissance.

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