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Rôle et responsabilité de l’État dans le déploiement du Très Haut Débit

Rôle et responsabilité de l’État dans le déploiement du Très Haut Débit

Par - le 18 décembre 2017

INTERVIEW d’Antoine Darodes – Directeur de l’Agence du Numérique 

Lancé en 2013, le Plan France Très Haut Débit vise à couvrir l’intégralité du territoire en Internet très haut débit d’ici 2022.
Pour atteindre cet objectif, le Plan mobilise un investissement de 20 milliards d’euros en dix ans, dont 3,3 milliards d’euros de l’État. Le Plan France Très Haut Débit s’inscrit dans une stratégie nationale et mobilise l’ensemble des acteurs privés et publics (opérateurs privés, collectivités territoriales, État). La mission Très Haut Débit, au sein de l’Agence du Numérique, a pour mission d’assurer le pilotage et la mise en œuvre du déploiement, et d’harmoniser l’offre technique et tarifaire. Elle a mis en place un pilotage fort et flexible qui a permis, en étant à l’écoute des acteurs et en s’adaptant aux évolutions, de tripler en 3 ans la couverture nationale. 

Comment avez-vous concrètement mis en place ce pilotage ? 

La mission Très Haut Débit a été créée en 2013 à l’initiative du Gouvernement. Son rôle s’est construit sur l’idée d’un nécessaire pragmatisme car mener un projet d’aussi grande envergure nécessite du temps. Réussir implique un pilotage fort et souple : pilotage qui doit concilier à la fois les enjeux des opérateurs privés et les contraintes des collectivités territoriales, tout en gardant à l’esprit les ambitions ftxées par l’État.
Il était important pour nous de veiller à l’établissement d’un cadre de travail ftexible permettant à chacun d’exercer son rôle et de mettre en place une gouvernance pour assurer la pérennité des réseaux et l’efftcacité de leur exploitation. Notre objectif était de déftnir, en toute objectivité et transparence, un référentiel de préconisations et de bonnes pratiques qui soit le garant de la cohérence nationale du déploiement.
Aujourd’hui, grâce à notre action, nous avons doublé en 3 ans la couverture nationale en Très Haut Débit, notamment en zones urbaines. La couverture dans les zones rurales est en nette amélioration et les RIP commencent à prendre leur envol.

Quels sont les difficultés que vous avez rencontrées ? 

Évidemment, il y a eu des obstacles à surmonter, pour vous citer quelques exemples : les évolutions technologiques, la fusion SFR
Numéricabe, la réforme dans la gestion des collectivités territoriales ou encore les accords entre les opérateurs… mais nous avons pris le parti d’être souples pour assurer la stabilité et rassurer.
Pour garantir le succès et la pérennité du Plan France Très Haut Débit, nous nous sommes adaptés à chaque situation tout en veillant au respect du cadre ftxé.
Par ailleurs, la Mission Très Haut Débit a toujours gardé à l’esprit sa démarche de mission : notre vocation n’est pas de garder le pilotage et nous laisserons la place aux acteurs du système dès lors que les défis auront été relevés. C’est donc un pilotage qui vise à s’assurer que tout fonctionne bien et à passer le relai dès que c’est fait.

Quelles sont vos recommandations pour les pays qui souhaitent lancer leurs propres plans ?

Pour qu’un tel plan fonctionne, un portage politique consensuel est nécessaire. Le déploiement du Très Haut Débit est un projet de société, une responsabilité collective qui doit embarquer, dès le départ un maximum d’acteurs : les opérateurs privés et publics, les entreprises, les organismes de formation, le régulateur (en France : l’ARCEP), etc.
L’État peut accompagner le lancement en finançant certains projets, mais il doit encourager les financements privés à prendre le relai en garantissant à chacun un retour sur investissement.
Et le déploiement nécessitant du temps, un pilotage fort et flexible est nécessaire pour s’adapter à l’évolution du contexte national et local.
Enftn, un tel plan est un accélérateur de croissance pour les entreprises, les opérateurs, mais surtout les territoires.
La connectivité est aujourd’hui un vrai critère d’attractivité pour les familles, les entreprises et donc une source de revenus pour les territoires. Pour tirer pleinement parti de ce Plan, il implique également, au-delà du déploiement des infrastructures, de s’interroger sérieusement en amont sur les usages et services publics à offrir à la population et de s’assurer de l’appropriation de ces services par les populations.
Nous avons constitué une équipe de France du Très Haut Débit et sommes prêts à partager avec les pays qui le souhaitent notre expérience et bonnes pratiques.