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Abondance et partage de données : vers un monde plus intelligent ?

Abondance et partage de données : vers un monde plus intelligent ?

L’essor des terminaux connectés, des services en ligne, des réseaux sociaux et des applications géolocalisées conduisent les individus à générer, sciemment ou non, un volume croissant de données. Elles représentent une source d’information riche sur leurs comportements mais aussi sur la société dans son ensemble ou encore sur l’environnement (climat, pollution, etc.). Avec ces données, des outils au service du quotidien se sont développés et la plupart sont basés sur le partage social de l’information. L’ubiquité des données laisse présager un environnement dans lequel l’intelligence ambiante rendra chaque action, chaque activité plus facile et plus riche. Dans cet « Internet des objets », l’opérateur a un rôle prépondérant à jouer avec des revenus associés considérables.

Cet article a été rédigé dans le cadre d'un programme de veille marketing et stratégique du marché des télécoms pour le compte de l'entité Market Intelligence du groupe France Télécom-Orange.

Vers un monde de données

Des terminaux et des utilisateurs toujours connectés qui produisent en permanence des informations

Des objets communicants dans tous les domaines d’activité

Le développement des objets communicants est lié à un désir constant d’amélioration des processus, de la qualité de vie, des coûts, etc. Cela concerne l’ensemble des secteurs : industrie, commerce, distribution, transport, urbanisme, etc. Ces objets sont des appareils grand public mais aussi des appareils plus spécifiques appartenant au domaine du M2M (Smart Grids, capteurs, puces RFID, etc.).

Cet essor des objets communicants est notamment rendu possible par la montée en débit et en capacité des réseaux avec, au niveau de l’accès, le développement de la fibre optique, l’arrivée des réseaux LTE et aussi l’émergence de la 3G en Afrique.

Par ailleurs, les dispositifs de stockage progressent fortement, notamment avec la multiplication des services cloud. Les données placées dans le nuage offrent des potentialités supérieures au stockage local (disque dur d’un particulier ou serveur d’une entreprise). Elles sont théoriquement accessibles de n’importe où, n’importe quand et pour n’importe qui. Il faut cependant en garantir la confidentialité et la sécurité.

Des utilisateurs qui s’exposent davantage

Une propension importante à révéler ses données

Les réseaux sociaux, et Facebook en particulier, ont mis en exergue la propension des utilisateurs à révéler des informations personnelles. 84% des 15-24 ans en Europe adhèrent à des réseaux sociaux et 73% des internautes utilisent Internet pour partager des photos ou des vidéos.

Même si une majorité des utilisateurs reste vigilant quant aux données diffusées sur le web et à leur visibilité (« qui peut voir quoi ? »), ils divulguent à de nombreux acteurs (Google notamment) beaucoup d’éléments de leur vie privée: amis, activités, travail, emploi du temps etc.

Au delà de cet étalage volontaire sur les réseaux sociaux, le smartphone va générer un grand nombre d’informations sur les individus. Ce terminal qui tend à devenir le standard en téléphonie pourra être l’outil de génération ultime de données. Il centralise un nombre important de capteurs (GPS, accéléromètre, appareil photo, etc.) mais aussi un grand nombre de services associés: applications utilisant la géolocalisation, réseaux sociaux, web, paiement en ligne, etc. Ainsi toutes les actions d’un individu pourront être enregistrées dans la mémoire du smartphone ou transmises à des tiers.

Au final la démultiplication des terminaux connectés et l’exposition croissante des individus participent à l’explosion des données crées. Durant l’année 2011, il a été créé plus d‘informations que depuis l’origine de l’humanité à 2003 !

Générer et partager ses données

Des objets communicants et intelligents au service du quotidien.

Une révolution dans les réseaux d’énergie ?

Le déploiement des Smart Grids s’inscrit dans la logique mondiale de réduction de consommation d’énergie avec un double objectif : environnemental et économique. L’ensemble des pays développés a prévu de faire évoluer son parc de compteurs électriques. En France par exemple, suite au Grenelle de l’environnement d’août 2010, tous les nouveaux logements devront être équipés de compteurs intelligents (compteur Linky) en 2012.

Ces nouveaux réseaux s’appuient sur des compteurs intelligents capables d’établir une communication bilatérale et continue. Le distributeur d’énergie reçoit en temps réel la consommation et peut ainsi mieux gérer la production d’énergie (afin de ne pas allumer de centrale thermique, très polluante, par exemple). De son côté, le client recevra des informations sur les tarifs en cours avec sa consommation et sa facture quasiment en temps réel et pourra adapter l’utilisation de ses appareils électriques en conséquence.

Cependant, ces compteurs peuvent poser des problèmes de vie privée. En Allemagne, des hackers sont arrivés à pirater un compteur électrique intelligent. Grâce aux données générées par le compteur, ils ont pu connaître le nombre exact d’appareils électriques dans le foyer et même la chaîne de télévision regardée par ses habitants. Ils ont également pu falsifier les données créées et simuler une non-consommation d’électricité pendant deux mois. Aux opérateurs de réseaux et aux fournisseurs d’énergie de veiller à une exploitation respectueuse des données. Dans le cas contraire, les consommateurs pourraient engager des poursuites judiciaires contre les responsables des fuites.

Bientôt la voiture automatique grâce aux données ?

La voiture va également devenir un objet qui communiquera avec son environnement et produira une quantité conséquente d‘informations. Certaines voitures se connectent au réseau cellulaire et offrent des services d’aide à la conduite (trafic, météo), d’assistance (dépannage/assurance, alerte accident) mais aussi des informations en temps réel, musique en streaming et même possibilité pour les passagers de se connecter à Internet via un réseau local (Wifi). A noter que les réseaux 4G devraient rendre ces services plus performants.

Ford travaille depuis 2008 sur le projet simTD qui porte sur des communications inter-véhicules et avec les infrastructures routières. En partageant des informations en temps réel, la sécurité des conducteurs devrait être significativement améliorée. Ce dispositif inclut notamment des alertes électroniques de freinage (un véhicule qui freine brutalement informera les voitures suivantes qui pourront anticiper un éventuel accident) ou des alertes d’obstacle (un conducteur pourra signaler un objet sur la route). Les communications avec les infrastructures permettront aux règles de circulation d’évoluer en fonction des conditions de trafic : limitations de vitesse, déviations, etc. Les premiers tests ont été réalisés en octobre 2011 aux États-Unis.

A long terme, une des fonctionnalités de la voiture connectée serait le pilotage automatique du véhicule. L’agence de recherche du Ministère de la Défense des États-Unis a lancé plusieurs concours dans cette perspective. Google travaille également sur un projet de voiture autonome. Le travail du géant du web s’est concrétisé en février 2012 avec l’adoption d’une loi qui autorise les voitures autonomes à circuler au Nevada. Pour cela, Google s’est associé à des constructeurs automobiles, des universités et des compagnies d’assurance.

De l’usage social des données : tirer profit du partage

Le web 2.0 avec ces grandes tendances de partage et de collaboration donne aux données des perspectives d’utilisation plus riches. En les mutualisant et en exploitant ce qu’elles apportent comme information ou connaissance, la communauté peut créer des services innovants qui peuvent profiter à tous. Par ailleurs, ces outils, basés sur le partage social, sont généralement créés en dehors de toute logique commerciale.

Le partage des informations et leur utilisation sont facilités par la diversification des canaux et notamment l’émergence d’appareils mobiles de plus en plus sophistiqués. Avec un smartphone, l’individu peut à tout moment créer, stocker et partager.

Sport et bien être : le partage pour des applications nouvelles

Auparavant, les amateurs de courses devaient acquérir un bracelet GPS pour bénéficier de services géolocalisés. Désormais n’importe quel possesseur de smartphone peut accéder à ce type de données et ce, à moindre coût. De nombreuses applications ont été développées et font la part belle au partage et à l’esprit de communauté.

Biketastic a pour vocation d’améliorer la vie des amateurs de vélo à Los Angeles. L’application utilise pleinement les capacités du smartphone afin de récolter un maximum d’informations utiles : trajets (GPS), état de la route (accéléromètre) ou conditions sonores (échantillons sonores captés grâce au micro). Ces données générées par les utilisateurs couplées à celles de la ville (qualité de l’air, accident, conditions de trafic) permettent ainsi de définir les parcours les plus agréables possibles.

Santé : faire progresser la science et améliorer la vie des malades

Plusieurs plateformes ont été développées afin de permettre aux patients de partager leur état de santé avec une communauté. Google et Microsoft proposent même leur propre service.

Le site Patientslikeme lancé en 2005 est un réseau social qui permet à ses membres d’échanger des informations : symptômes de la maladie, traitements, effets secondaires, évolution de la qualité de vie, etc. Toutes ces données peuvent être présentées dans des tableaux et des graphiques, ce qui permet aux patients du monde entier de mieux comprendre et d’identifier les mécanismes de leur maladie. Auparavant réservé à certaines maladies, Patientslikeme a élargi son périmètre et depuis avril 2011, n’importe quel patient peut rejoindre la communauté.

De plus, Patientslikeme partage les données de ses membres (anonymement) avec des chercheurs. Ces données facilement disponibles sont une véritable mine d’or pour la recherche car elles sont facilement disponibles et sont alimentées par une base importante d‘utilisateurs (131 000 en février 2012 pour plus de 1 000 pathologies).

Pollution : les données utilisateurs pour réduire l’empreinte carbone

Les transports représentent un tiers de l’émission de CO2. Ainsi, réduire son empreinte carbone lors de déplacements quotidiens n’est pas un geste anodin s’il est effectué à une large échelle.

L’application CO2GO développée par le MIT en partenariat avec la SNCF permet à tous les utilisateurs de smartphone Android de calculer leur empreinte carbone. Le smartphone grâce à l’ensemble de ses capteurs (GPS, accéléromètre, micro) peut déterminer le moyen de transport utilisé et la distance associée.

Une fois l’application activée, le smartphone va générer continuellement des données sur l’activité de l’usager. Toutes ces données permettent alors d’évaluer l’empreinte carbone. Les utilisateurs peuvent ensuite comparer leurs trajets avec la communauté des autres usagers et ainsi voir quel est le meilleur moyen pour réduire les émissions de CO2.

Vers un écosystème communicant et intelligent où l’opérateur est un acteur indispensable

Les données et leurs exploitations pour un monde plus autonome et intelligent

Du M2M à l’Internet des objets

D’un monde M2M où les objets communiquent dans un cadre particulier et relativement fermé, la technologie s’oriente vers un environnement où ils pourront théoriquement tous communiquer entre eux au travers de ce qu’on appelle l’ « Internet des objets ». L'Internet des objets est l'extension d'Internet à des objets et des choses dans le monde réel. Il n’y aura donc plus de frontière entre l’Internet actuel et le M2M.

Des personnes comme Leandro Agro, PDG de l‘entreprise de données de capteurs WideTag avancent qu’en 2050 les objets seront jugés sur leur « socialité » i.e. leur aptitude à se ‘raconter’ (histoire, fabrication, mode d’emploi, recyclage, etc.) et à interagir avec leur environnement.

Les champs d’applications vont, comme le M2M, toucher tous les domaines de la société (santé, énergie, transport, loisirs, etc.). L’Internet des objets devrait grâce aux milliards d’appareils communicants et les données qu’ils vont générer, aboutir à un monde intelligent. Les éclairages urbains s’adapteront en temps réel à la météo mais aussi à la fréquentation de la voirie. L’intelligence ambiante sera capable de reconnaitre les individus et de réagir à leur présence de manière discrète et non intrusive.

La « Smart City », qui sera un aboutissement de l’Internet des objets, a par exemple pour objectifs d’améliorer la compétitivité des entreprises locales, d’améliorer la vie des habitants (accès aux services de la ville), d’optimiser le réseau de transport, d’augmenter la participation des administrés à la gouvernance politique ou d’améliorer les communications.

Ces nouveaux services seront bien évidemment possibles avec une démarche volontaire des individus à créer, collecter et partager des informations via leurs terminaux. L’orientation actuelle du M2M se base sur des partenariats « public-privé ». Avec les « villes intelligentes » cela devrait évoluer en partenariats « public-privé-population ».

Une place stratégique pour l’opérateur

Les opérateurs se positionnent naturellement comme acteurs de premier plan dans cet environnement communicant. Dans la chaine de valeur du M2M et par anticipation, de l’Internet des objets, les opérateurs télécoms ont une place stratégique car ils contrôlent une couche indispensable : le réseau.

Pour bénéficier de connexions et de communications globales à une échelle planétaire, les informations devront obligatoirement transiter par un réseau cellulaire et/ou fixe, soit le cœur de métier des opérateurs. Ces derniers sont également présents dans le domaine des terminaux et des applications. Ainsi, les opérateurs ont tous les atouts pour tirer parti de ce monde de données, communicant et en tirer des revenus substantiels.

Conclusion

Aujourd’hui apparaissent les prémices et premières applications novatrices d’une société de données et d’objets connectés où l’automatisation de l’environnement humain deviendra une norme. Le potentiel de ce monde intelligent est manifeste et ressemble de moins en moins à de la science fiction. Cependant, la sécurité des données et le respect de la vie privée sont des aspects sur lesquels les entreprises et les États devront être vigilants pour éviter des dérives individuelles et sociétales.

Les opérateurs peuvent être les moteurs de cette mutation, avec un rôle économique, technologique et éthique à jouer. En effet, ils sont à la fois les premiers créateurs et promoteurs de cet environnement connecté et ils en sont également les premiers bénéficiaires.

L’ensemble de ces objets communicants et les données créées ne vont pas sans poser quelques questions d’éthique, notamment si tout était régi de manière automatique par des machines et si l’individu était assisté dans tous ses faits et gestes. Dans ces conditions, n’y a-t-il pas un risque de déshumanisation de la société ?