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Interview Guillaume Touchard dans El Watan

Interview Guillaume Touchard dans El Watan

La part des télécoms dans le PIB algérien devrait augmenter

Interview de Guillaume Touchard, consultant SATM (Services Avancés aux Telcos et Média), spécialiste des marchés télécoms africains

Le 27.10.11

- Quelle est la structure actuelle du marché algérien des télécoms (parts de marché, chiffres d’affaires, etc.) ?

Au premier semestre 2011, le marché mobile comptait 33,7 millions de clients avec une pénétration mobile atteignant les 92,14%, en progression de 2,92% par rapport à fin 2010. Tenant compte de l’effet multi-SIM, nous considérons le taux de pénétration réel en Algérie autour de 70%.

Djezzy domine le marché mobile algérien avec 47.32% de parts de marché suivi par Mobilis (Algérie Télécom) et Nedjma avec respectivement 28.82% et 23.86% de parts de marché Sur les six premiers mois 2011, les revenus de l’ensemble du marché mobile ont atteint les 1,829 milliard de dollars US, en légère augmentation sur 2010. L’ARPU, le revenu par utilisateur, est aussi en progression sur la période à 9,14 $ US à fin juin 2011 soit une augmentation de 6,95% par rapport à fin 2010. Sur le marché des lignes fixe, on relevait au 1er semestre de cette année 3,090 millions de clients, soit une pénétration de 8,51% avec une progression de 0,45% par rapport à fin 2009. Sur le marché de l’Internet fixe et malgré une nette progression des abonnements depuis deux ans, le nombre d’abonnés au haut débit demeure marginal avec 830 000 abonnés ADSL. Le taux de pénétration de l’Internet fixe des foyers est actuellement de 14% en Algérie contre, par exemple, 77% en France.

- Croyez-vous que le marché algérien est aujourd’hui prêt pour la 3 G ?

L’arrivée de la 3G doit permettre le développement de nouveaux services et par- là même une croissance du secteur via l’émergence de nouveaux usages. Aujourd’hui, les télécoms génèrent environ 3% du PIB algérien contre environ 10% en France. Bien que la part des énergies fossiles dans le PIB algérien soit importante, la part des télécoms dans le PIB devrait encore augmenter dans les prochaines années. L’objectif de 5% du PIB semble réalisable. Cela passera par le développement de la 3G mais aussi par une redynamisation du secteur via plus de concurrence et d’investissements privés. Il faudra, cependant, être patient. En effet, nous avons constaté que le taux d’utilisateurs Internet freine ou accélère le taux d’adoption des nouveaux services haut débit mobile. Au Royaume-Uni où le taux d’utilisateurs Internet fixe représentait plus de 70% de la population lors de l’introduction de la 3G, l’adoption du service fut rapide. Le même phénomène fut constaté en France. Par contre au Maroc et en Egypte où l’utilisation d’Internet n’était pas aussi répandue, l’adoption de la 3G fut beaucoup plus lente. Le succès de la 3G dépendra donc aussi des consommateurs.

- Il était question, à un moment, de passer directement vers la téléphonie 4G. Pourquoi selon vous se contente-t-on de la 3 G et 3 G+ aujourd’hui ?

Une transition des technologies 2,5G (GPRS/EDGE) à la 4G ou «leapfrogging» permettrait, en effet, aux Algériens de bénéficier d’un accès au très haut débit mobile (jusqu’à 100 Mbps en théorie). Cependant, plusieurs facteurs pourraient rendre l’implémentation de la 4G difficile. Tout d’abord, nous constatons sur l’ensemble des marchés que l’implémentation d’une nouvelle technologie doit être en phase avec les usages. Hors, une majorité de la population algérienne est encore étrangère à l’usage de l’Internet et de ses nombreuses fonctionnalités. La 3G permet une évolution en douceur. Par ailleurs, les terminaux mobiles 4G se font encore très rares sur le marché et leur coût risque de dissuader plus d’un consommateur à adopter cette nouvelle technologie. Enfin, un passage à la 4G nécessiterait une révision générale du plan d’allocation des fréquences hertziennes et notamment le passage à la télévision numérique.

En effet, la 4G est plus performante sur la bande de fréquence 700Mhz, aujourd’hui occupée dans la plus part des pays par les chaînes de télévision analogique. Du point de vue du consommateur, nous considérons que quatre éléments sont nécessaires pour l’inciter à se tourner vers la 3G : la connaissance de l’outil Internet, la disponibilité de contenus locaux (sites gouvernementaux, journaux, TV, etc.), des tarifs de services abordables et des coûts des équipements abordables.

- Comment interprétez-vous le nouveau report de l’octroi de la licence ?

Je ne dispose pas de suffisamment d’éléments d’information pour répondre à cette question.

- On estime aujourd’hui que le mobile est le véritable vecteur pour un accès à l’Internet pour tous. Considérez-vous que c’est un échec pour l’opérateur historique et quel impact cela pourrait-il avoir sur Algérie Télécom ?

Je ne pense pas que ce soit un échec pour Algérie Télécom. L’opérateur est d’ailleurs en train de lancer son propre réseau 3G. Les offres mobile et fixe sont complémentaires. L’élargissement de l’offre d’Algérie Télécom sera un bénéfice direct pour l’opérateur comme pour les consommateurs.

- A quel niveau pouvez-vous situer le prix de la licence algérienne de 3G ?

Les prix de vente des licences varient fortement d’un pays à l’autre pour des raisons liées au potentiel du marché, au taux de couverture, au cahier des charges définis par les gouvernements, etc. Dans le cas de l’Egypte et de la Tunisie, les licences 3G se sont vendues à 7,9 dollars par habitant. Le Maroc a fait le choix d’un prix cassé pour favoriser l’arrivée d’un nouvel entrant et de plus de compétition sur son marché avec un prix de vente à 1,3 dollars par habitant. En l’absence de connaissance de l’ensemble des variables, il m’est difficile de donner un prix à la licence 3G algérienne. Une chose est sûre. Le prix des licences 3G ne doit pas être un inhibiteur à l’investissement dans les nouveaux réseaux et au développement du haut débit mobile en Algérie.

Propos recueillis à Tunis par Melissa Roumadi

|DIFFÉRENCE ENTRE 3G, 3G+ ET 4G

La 3G et 3G+ désignent toutes deux des normes de téléphonie qui assurent le haut débit sur les mobiles. La 3G +, version plus rapide de la 3G, offre une navigation sur Internet d’une qualité proche de l’ADSL sur un PC. La 4G, pour sa part, permet d’accéder au très haut débit allant jusqu’à dépasser les 100 mégabits par seconde, ce qui équivaut, si l’on prenait l’exemple de la France, le débit qu’un consommateur peut recevoir via sa ligne filaire fixe.

Ainsi, la principale caractéristique est la vitesse élevée de transfert des

informations. Les réseaux atteignent 400 kb/s avec la 3G, soit 40 fois plus que la 2G, et 4 Mbit/s avec la 3G+ (400 fois mieux).|